Les grandes banques sous pression au Sénat

Par James Langton | 11 may 2026 | Last updated on 11 may 2026
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Gros plan sur une pile de documents reliés avec des pinces noires. Une loupe est posée au-dessus, suggérant l’idée d’analyse ou d’audit.
Maks_Lab / iStock

Les grandes banques ont fait l’objet de vives critiques lors des audiences du Sénat portant sur l’amélioration de l’accès au capital pour les entreprises canadiennes en croissance, certains intervenants allant jusqu’à proposer un retour au modèle des « quatre piliers » du système financier canadien.

De récentes audiences devant le Comité sénatorial permanent des banques, du commerce et de l’économie ont placé les six grandes banques au centre des critiques.

Entre autres, on leur reproche de ne pas vouloir financer des entreprises de croissance risquées avec leurs propres capitaux, et d’empêcher les investisseurs de détail de prendre eux-mêmes des risques en contrôlant la grande majorité du secteur de l’investissement de détail.

S’exprimant devant le comité le 30 avril, Jim Balsillie, fondateur de Research in Motion et aujourd’hui président du Council of Canadian Innovators, a appelé les décideurs à faciliter la création de cinq ou six nouvelles banques axées sur le soutien aux entreprises en croissance.

La veille, Dan Daviau, président et chef de la direction de Canaccord Genuity Group, a affirmé devant le comité que le contrôle exercé par les grandes banques sur les principaux gestionnaires d’actifs et les réseaux de distribution au détail du pays nuit également à la disponibilité du capital de risque. Selon lui, les conseillers affiliés à des courtiers détenus par les banques sont incités à privilégier des placements jugés plus sûrs, de type « blue chips », au détriment des petites entreprises plus risquées.

Ces critiques semblent avoir trouvé écho auprès de certains sénateurs, notamment Colin Deacon, de la Nouvelle-Écosse, qui a proposé une « déconsolidation » du secteur financier canadien, soit un retour à l’époque des « quatre piliers », avant que les banques ne soient autorisées à acquérir de grands courtiers en valeurs mobilières (ainsi que des assureurs et des sociétés de fiducie).

Dans son témoignage, Dan Daviau n’a pas plaidé pour le démantèlement des grandes banques, mais a plutôt suggéré qu’une plus grande mobilité des conseillers en services financiers, notamment la possibilité de changer plus facilement de firme, pourrait contribuer à améliorer l’accès au capital de risque pour les entreprises en croissance.

Il a également indiqué que l’encouragement des grands régimes de retraite à investir une part accrue de leurs actifs dans ces entreprises, ainsi que la mise en place d’incitatifs fiscaux favorisant le capital de risque, pourraient aussi contribuer à améliorer la situation.

En effet, Dan Daviau a soutenu que l’amélioration du financement du capital de risque devrait passer par les marchés boursiers publics.

« Si nous corrigeons le marché public, tout le reste suivra », a-t-il déclaré au comité.

Il a notamment suggéré que faciliter l’afflux de capitaux vers les sociétés de croissance cotées en bourse améliorerait leurs multiples d’évaluation, les rendant moins vulnérables aux prises de contrôle étrangères. Selon lui, cela inciterait davantage d’investissements en phase de démarrage en offrant une voie de sortie claire aux investisseurs dans des entreprises en démarrage très risquées.

Parallèlement, des témoins ont également pointé du doigt les décideurs publics. Bien que la domination des grandes banques dans le paysage financier canadien ait été une cible fréquente des critiques lors des audiences, une grande partie de la responsabilité a été attribuée au cadre politique qui a permis cette domination, plutôt qu’aux actions des banques elles-mêmes.

Même leurs détracteurs reconnaissent que les banques agissent de manière logique compte tenu du système dans lequel elles évoluent, qui privilégie la sécurité et la solidité au détriment d’une plus grande prise de risque.

De leur côté, les représentants de l’industrie bancaire, notamment l’Association des banquiers canadiens (ABC), ont repoussé une grande partie des critiques, soutenant que le secteur fait un bon travail pour fournir du crédit aux entreprises en croissance.

Ils ont également désigné la réglementation comme principale cause de l’aversion au risque des banques, affirmant que celles-ci sont soumises à une multitude de règles et à de nombreux régulateurs opérants à différents niveaux de gouvernement, parfois avec des mandats contradictoires, ce qui les incite à privilégier la prudence.

Pour encourager une plus grande prise de risque, l’ABC soutient qu’il faut une réglementation « plus intelligente ». Et pour favoriser davantage de concurrence, il faut « moins » de réglementation, ajoute-t-elle.

Les régulateurs bancaires auront l’occasion de défendre leur rôle lors des prochaines audiences ; la Banque du Canada devant comparaître devant le comité la semaine prochaine, suivie du Bureau du surintendant des institutions financières.

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James Langton

James Langton est journaliste pour Advisor.ca et Investment Executive. Depuis 1994, il fait des reportages sur la réglementation, le droit des valeurs mobilières, l’actualité de l’industrie et plus encore.