Daniil Peshkov / 123RF

Le mois d’avril, c’est l’arrivée du printemps. La neige fond et les températures clémentes reviennent. À l’image de ce redoux, du côté des marchés financiers, ce mois a tendance à être performant. Le secteur de l’énergie s’enflamme, le huard monte et les ­Bourses montrent généralement de bons résultats.

Par exemple, le ­Dow ­Jones a grimpé de 1 000 points pour la première fois en avril 1999, alors qu’il prenait 856 points en avril 2011. La croissance du prix des actions reflète souvent les attentes des investisseurs envers les revenus de premier trimestre des entreprises, alors que les sociétés commencent tranquillement à dévoiler leurs résultats.

S&P 500

Lorsqu’avril se termine, c’est aussi la période la plus fructueuse pour les marchés qui prend fin. En effet, les six meilleurs mois de l’année pour les actions ordinaires commencent généralement en octobre ou au début de novembre et durent jusqu’en avril pour le ­Dow ­Jones et le S&P 500.

Cependant, la vigueur saisonnière des sociétés de technologie, en grand nombre dans le NASDAQ, peut durer un peu plus longtemps, jusqu’en juin. En raison de sa forte pondération technologique, la tendance haussière du S&P 500
peut elle aussi se poursuivre jusqu’au début de juin.

Même s’il a tendance à être volatil, avril s’avère le troisième mois le plus performant pour le S&P 500 et le quatrième pour le ­NASDAQ. Il s’agit rarement d’un moment dangereux en ­Bourse. Par contre, dès la moitié du mois écoulée, les gains sont faits et la fin de la période faste commence à se faire sentir.

Le 15 avril est normalement la dernière journée pour payer ses impôts aux ­États-Unis. Les jours suivants, les investisseurs avaient autrefois tendance à vendre des actions pour que les chèques qu’ils avaient envoyés au fisc ne se révèlent pas sans provision. Aujourd’hui, avec l’utilisation croissante des déductions à la source et des acomptes provisionnels, l’effet de la saison des impôts a grandement diminué et la tendance positive peut maintenant s’étirer jusqu’à la fin du mois.

LE CONSUMER SWITCH

Le consumer switch est une stratégie souvent utilisée en avril. Selon le ­Thackray’s 2018 ­Investor’s ­Guide, elle consiste à tirer avantage de la différence de volatilité entre le secteur des biens de consommation de base et celui des produits de consommation discrétionnaire en déplaçant ses capitaux d’un secteur à l’autre.

Les biens de consommation de base sont des produits essentiels, tels que les aliments, les boissons, les articles d’hygiène personnelle et les produits ménagers. Ce sont des biens indispensables aux consommateurs, et ce, quelle que soit leur situation financière. Les biens de consommation de base sont considérés comme non cycliques, ce qui signifie qu’ils sont toujours en demande, peu importe la performance de l’économie. Ce secteur demeure une valeur sûre durant les mois plus difficiles. Les produits de base ont tendance à surperformer lorsque les investisseurs sont à la recherche de plus de sécurité, soit entre le 5 mai et le 27 octobre, alors que les marchés évoluent en mode défensif.

Les produits de consommation discrétionnaire, quant à eux, constituent les biens et services considérés comme non essentiels pour les consommateurs, quoiqu’utiles si les revenus sont suffisants pour les acheter. On y retrouve notamment les vêtements, le divertissement, les loisirs et les automobiles. Ce secteur est fortement influencé par l’état de l’économie. Lorsque cette dernière vit de mauvais jours, les consommateurs peuvent se détourner de ce secteur.

Pour mettre en œuvre la stratégie du consumer switch, il suffit d’investir dans le secteur des produits de consommation discrétionnaire lors de sa période haussière, du 28 octobre au 22 avril, pour ensuite vendre ses positions avant qu’il ne commence à baisser en mai et investir avec la même pondération dans le secteur des biens de consommation de base du 23 avril au 27 octobre. Puis, on recommence la même stratégie, en retournant vers les produits de consommation discrétionnaire à partir du 28 octobre.

La tendance haussière de ce secteur, entre le 28 octobre et le 5 mai, est alimentée par la performance des marchés, qui vivent entre octobre et avril leurs six meilleurs mois de l’année. Durant cette période, l’argent y coule à flots, faisant ainsi augmenter le prix des titres boursiers.

Lorsque l’on utilise cette tactique, il est recommandé d’investir seulement une petite partie de ses avoirs pour s’assurer de rester diversifié. Il faut être capable de bien l’exécuter pour qu’elle soit efficace.

PRODUITS DE BASE ET MATIÈRES PREMIÈRES

Certains produits de base performent mieux que d’autres au mois d’avril. Par exemple, le blé, le sucre et le soya ont tendance à obtenir de bons gains pendant cette période. Cependant, il apparaît plus simple d’investir dans les matériaux et l’énergie en raison de l’étendue de l’offre de produits d’investissement dans ces deux secteurs, par ailleurs très rentables.

Après un mois de mars plutôt difficile, le secteur des matériaux reprend habituellement de la vigueur au mois d’avril. Ce rebond demeure une dernière occasion de vendre avant la chute des mois suivants. Avec une performance de 1,91 % sur les cinq dernières années, le mois d’avril offre une excellente porte de sortie.

Le domaine de l’énergie n’est pas non plus à négliger. Par exemple, en avril 2016, il a été le leader des secteurs principaux de la ­Bourse avec des gains de 8,7 %. Les contrats à terme sur l’huile brute ont tendance à vivre leur meilleur mois de l’année, ayant connu une hausse moyenne de 7,37 % en avril depuis cinq ans et de 6,29 % depuis 10 ans. Et avec les cycles d’entretien des raffineries, le secteur de l’énergie a tout en main pour bénéficier d’un bon mois.

Les investisseurs ont souvent tendance à penser qu’investir dans l’énergie signifie acheter au début de l’hiver, juste avant le temps froid. Cependant, au fur et à mesure que l’hiver approche, les raffineries convertissent leur production d’essence en huile de chauffage. À la fin de l’hiver et au début de l’été, les raffineries retournent à la production d’essence, ce qui diminue l’offre d’huile et contribue à soutenir les prix, souvent jusqu’à la ­mi-mai.

Au cours des cinq dernières années, le secteur américain de l’énergie a progressé en moyenne de 3,30 % en avril (3,71 % sur 10 ans). Depuis les dix dernières années, avril est le meilleur mois de l’année pour ce secteur.

Pour les investisseurs canadiens ne voulant pas augmenter leur risque avec un effet de devise, le secteur énergétique canadien peut devenir une très bonne option puisqu’il participe fortement lui aussi à cette progression haussière. Avec une performance moyenne de 3,30 % depuis cinq ans et de 3,46 % depuis 10 ans, le mois d’avril se déroule sous le signe de l’énergie… dans tous les sens du mot !

LE DOLLAR CANADIEN 

Le dollar canadien tend à s’apprécier en avril, qui s’avère probablement le meilleur mois de l’année pour se procurer de l’argent américain.

Le pétrole obtient habituellement une bonne performance pendant cette période, en plein cœur de la tendance énergétique saisonnière. Si le prix du brut augmente, les investisseurs délaissent habituellement le dollar américain pour se tourner vers le dollar canadien.

En effet, l’économie canadienne est fortement liée à l’énergie, comme le pays demeure un producteur important de pétrole. Au cours des dernières décennies, la diversité de notre économie a augmenté et beaucoup d’autres secteurs se sont développés, mais notre devise demeure tout de même fortement tributaire des fluctuations de l’énergie.

Comme avril est le meilleur mois pour l’énergie, notre « pétro huard » est habituellement en hausse. Il devient intéressant d’essayer d’en profiter pour faire une réserve de dollars américains. Avec une augmentation moyenne de 1,60 % depuis cinq ans et de 1,90 % sur dix ans, on peut donc affirmer qu’avril est aussi le mois du huard. L’autre bonne période saisonnière pour le dollar canadien est en septembre. Nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

Avril est un mois stratégique, qui permet de se préparer à un changement de tendance éventuelle. Il offre une dernière chance de sortir d’un secteur particulier, pour commencer à réduire progressivement la volatilité dans les portefeuilles en prévision des mois d’été, habituellement plus calmes.

Ces tendances et statistiques permettent de mettre toutes les chances de notre côté. On dit souvent que l’histoire a tendance à se répéter. Je suis d’accord… mais rien n’est exactement pareil d’année en année. Il importe donc de rester vigilant.

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Philippe ­Pratte est président, chef des investissements et gestionnaire de portefeuille chez ­Pratte ­Gestion de portefeuilles.

Les opinions (y compris les recommandations, s’il y a lieu) exprimées dans le présent billet sont celles de l’auteur seulement et ne représentent pas nécessairement celles de ­Pratte ­Gestion de portefeuilles, ni celles de ­Conseiller. Ce texte ne doit pas être considéré comme un conseil personnel de placement ou une sollicitation d’achat ou de vente de titres. Les renseignements qu’il contient proviennent de sources considérées comme fiables, mais leur exactitude et leur exhaustivité ne peuvent être garanties. L’auteur, ­Pratte ­Gestion de portefeuilles et ­Conseiller n’assument aucune responsabilité quant aux erreurs qui pourraient s’y glisser.


• Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2018 de Conseiller.