Après l’entrepreneuriat, le repreneuriat doit devenir une priorité

Par Nathalie Savaria | 29 juin 2023 | Dernière mise à jour le août 15, 2023
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Rina Marchand, photo : gracieuseté

Publié en mai dernier, l’Indice entrepreneurial québécois 2022 révèle entre autres que de nombreux propriétaires ont l’intention de vendre ou de céder leur entreprise d’ici 10 ans. Le défi du repreneuriat est donc au cœur de ce nouvel Indice.

LE RÉSEAU MENTORAT

C’est le Réseau Mentorat qui est à l’origine de cet indice, qui est devenu une référence en matière de mesure de l’entrepreneuriat au Québec.

En 2000, la Fondation de l’entrepreneurship, un organisme généraliste de soutien à l’entrepreneuriat, lance son service de mentorat. Au fil des ans, ce segment qui prend de l’ampleur devient le Réseau M en 2009, nom sous lequel la fondation recentra ses activités en 2016, avant d’adopter celui de Réseau Mentorat en 2020 pour éviter toute ambiguïté, indique Rina Marchand, directrice principale, Contenus et innovation, au Réseau Mentorat et coautrice de l’Indice entrepreneurial québécois 2022.

LA CRÉATION ET L’ÉVOLUTION DE L’INDICE

En plus de ses activités de mentorat destinées aux entrepreneurs, le Réseau Mentorat crée en 2009 l’Indice entrepreneurial québécois, à partir de cette question initiale : « Outre les grandes entreprises phares du Québec inc., qu’en est-il réellement de l’entreprenariat pour l’ensemble des Québécois ? Ainsi est née l’idée d’avoir un portrait annuel du dynamisme entrepreneurial des Québécois », explique Rina Marchand.

« Car, ajoute-t-elle, tout part de la volonté d’un individu de se lancer ou pas dans l’entrepreneuriat ».

Contrairement à certaines organisations, comme la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, dont les études reposent sur des données fournies par leurs membres, le Réseau Mentorat « souhaitait plutôt offrir une lecture panquébécoise » qui allait, avec sa méthodologie et la firme de sondage Léger, « permettre de se brancher sur un maximum possible de Québécois » et d’être capable de lire, à travers les résultats, « ce dynamisme entrepreneurial ».

Par la suite, le Réseau a créé des portraits des régions, MRC et villes du Québec.

Il y a quatre ans s’est ajouté un second volet complémentaire au sondage, soit la mobilisation de partenaires collaborateurs issus de l’écosystème entrepreneurial.

Ainsi, pour l’Indice 2022, outre 18 658 Québécois, dont 5 022 répondants à l’ensemble du questionnaire, 43 partenaires collaborateurs ont lancé le sondage dans leurs réseaux respectifs de propriétaires d’entreprise, pour un total de 1 160 entrepreneurs.

« En tout, avec l’autre volet du sondage chez Léger, ce sont 1957 propriétaires d’entreprise qui ont été rejoints, ce qui en fait un échantillonnage hypersolide », fait valoir Rina Marchand.

L’Indice sonde aussi le futur, afin de mesurer à quel point des gens aspirent à être entrepreneurs, et le passé auprès de personnes qui ont déjà exploité au moins une entreprise qui est maintenant fermée.

Concernant l’évolution générale de l’Indice, « depuis 2009, on est passé d’une acceptabilité à une désirabilité d’être entrepreneur », et ce, « en dépit des dernières années qui ont été difficiles », résume la coautrice.

QUELQUES FAITS SAILLANTS DE L’INDICE 2022

Or, « il faut maintenant transposer cette désirabilité d’entreprendre au fait de vouloir reprendre une entreprise », dit-elle.

L’ENJEU DU REPRENEURIAT

De fait, l’Indice 2022 révèle notamment qu’au Québec, en raison de l’âge ou de circonstances économiques, ce sont 6 propriétaires d’entreprises sur 10 qui disent avoir l’intention de vendre ou céder leur entreprise d’ici 10 ans.

« On a donc une masse d’entreprises qui sont disponibles à la reprise. C’est un enjeu qui va facilement nous monopoliser pour les dix prochaines années et auquel il faut s’attarder », soutient Rina Marchand.

Cependant, d’après l’Indice, seulement 4 propriétaires sur 10 (38,8 %) qui comptent vendre/céder un jour leur entreprise sont préparés et ont un plan de relève. Pour les entreprises familiales, ce chiffre s’élève à 45,7%, ce qui montre que celles-ci sont un peu mieux préparées. D’ailleurs, 51,4 % des entreprises familiales ont déjà identifié une relève, contre 4 propriétaires sur 10 (42,6 %).

DES OBSTACLES POUR LES FEMMES REPRENEUSES

Parmi les personnes qui font actuellement des démarches pour reprendre une entreprise, seulement 32,7 % sont des femmes. Si elles ont fait de belles avancées et sont davantage présentes, indique Rina Marchand, elles se heurtent à la conciliation vie professionnelle/personnelle.

« C’est beaucoup une question que ce soit le bon projet au bon moment de leur vie, commente-t-elle. C’est difficile de reprendre à son rythme, car il y a une entreprise qui existe avec ses clients, ses employés, ses fournisseurs, contrairement à l’entreprenariat où on peut s’engager un peu à son rythme, avec ses capacités et ses moyens aussi. Souvent, on voit des entrepreneurs embarquer dans l’entreprenariat et même être « flexipreneurs », c’est-à-dire employés et entrepreneurs. »

Cela dit, le repreneuriat n’est pas un rêve impossible pour elles, car « en regardant les propriétaires actuels dans la chaîne entrepreneuriale, illustre-t-elle, on a constaté qu’il y avait autant de femmes que d’hommes qui avaient repris une entreprise ».

En outre, parmi celles qui sont en démarches pour reprendre une entreprise, 50,3 % comptent ensuite faire au moins un pivot, c’est-à-dire une modification au modèle d’affaires, un taux un peu plus élevé que chez les hommes (44,7 %).

« À quelque part, elles ont une pensée entrepreneuriale tout aussi claire et affirmée en matière de reprise d’entreprise. »

UN MANQUE DE PRÉPARATION

Parmi les autres faits saillants de l’Indice 2022, environ 1 entrepreneur(e) sur 5 a connu au moins un échec repreneurial, tant du côté des repreneurs (22,8 %) que des cédants (18,3 %).

Encore une fois, d’après la coautrice, ces données sont à mettre en lien avec un manque de préparation.

« Le jour où on aura des entrepreneurs et des repreneurs mieux préparés, qui comprennent bien la dynamique entrepreneuriale et qui ont un plan de relève, on croit que le taux d’échec ne sera pas aussi grand. »

UN PROJET DE GROUPE

Un autre élément marquant de l’Indice 2022 est le fait de vouloir entreprendre et même de reprendre une entreprise en équipe.

Si l’Indice avait noté en 2014 une tendance chez les jeunes à vouloir se lancer dans un projet entrepreneurial à plusieurs, celle-ci s’est répandue chez d’autres groupes d’âge en 2022, « particulièrement chez les 35-49 ans et même chez les 50 ans et plus », souligne la coautrice.

En effet, l’Indice 2022 rapporte que 58,5% des personnes ayant l’intention d’entreprendre souhaite le faire avec d’autres, un pourcentage qui grimpe à 76,8 % si l’intention est de reprendre une entreprise.

Pour Rina Marchand, cela témoigne de « la volonté de compléter les expertises et de cumuler les ressources financières et humaines », mais également du désir « de concilier un peu plus la volonté d’entreprendre avec celle d’avoir aussi une vie personnelle ».

Enfin, le fait de vouloir entreprendre ou de reprendre une entreprise en équipe laisse entrevoir l’existence « [d’] un beau bassin potentiel pour ce qu’on appelle les entrepreneurs de l’économie collective ou sociale qui a aussi le vent dans les voiles ».

Natalie Savaria

Nathalie Savaria

Nathalie Savaria a été rédactrice en chef de magazines dans le domaine de l’immobilier commercial. Elle est journaliste indépendante.