Jeune couple triste, les mains posées sur la tête.
Photo : Antonio Guillem / 123RF

Près de la moitié des Canadiens accepteraient difficilement de réclamer de l’aide même en cas de  risque de faillite, indique un sondage publié par la firme MNP, spécialisée en insolvabilité.

L’enquête d’opinion montre ainsi que 46 % des répondants ressentiraient de la « gêne » à l’idée d’obtenir un soutien financier si leur situation économique se dégradait au point de les forcer à envisager de faire faillite.

De même, un tiers d’entre eux (31 %) avouent que la crainte de la stigmatisation qui entoure les personnes ayant fait faillite les empêche de demander de l’aide. À noter que ce sont les personnes les plus à risque, voire déjà insolvables, qui éprouveraient le plus de mal à rechercher du soutien en cas de surendettement (61 % et 54 %, respectivement).

« Les consommateurs aux prises avec une dette qu’ils n’arrivent pas à rembourser ou qui font face à des problèmes financiers importants se retrouvent souvent isolés. En effet, beaucoup se sentent trop coupables pour en parler à leur entourage. Malheureusement, notre sondage prouve que ceux qui ont le plus besoin d’aide sont également les moins enclins à en faire la demande », note Grant Bazian, président de MNP.

LE NOMBRE DE FAILLITES AUGMENTE

Selon le Bureau du surintendant des faillites, le nombre de Canadiens ayant déclaré faillite ou ayant présenté une proposition au deuxième trimestre de cette année a progressé de 6 % par rapport au même trimestre de l’an dernier.

Cette augmentation ne surprend pas Grant Bazian. « Le nombre de personnes qui déposent une plainte a augmenté, mais cela ne reflète pas l’ampleur des problèmes d’endettement des consommateurs au pays, parce que beaucoup de gens attendent d’être dans une situation désespérée avant d’appeler à l’aide », explique le dirigeant. Et avant de contacter un professionnel, plusieurs d’entre eux renoncent même sans doute à combler leurs besoins fondamentaux pour éviter de déposer une proposition de consommateur ou de faire faillite », ajoute-t-il.

LA GÊNE N’A PAS SA PLACE

Paradoxalement, le sondage indique qu’une très nette majorité de consommateurs (86 %) estiment pourtant qu’il n’y a aucune honte à rechercher du soutien pour se libérer de ses dettes.

« Dans l’ensemble, les Canadiens éprouvent beaucoup de compassion pour ceux qui doivent déclarer faillite », relève MNP. Résultat, moins de quatre personnes sur 10 (37 %) sont d’accord avec l’énoncé selon lequel les particuliers qui font faillite cherchent une solution facile à leurs problèmes financiers. « Si vous avez des difficultés, sachez que vous n’avez pas à les affronter seul. La gêne n’a pas sa place lorsque quelqu’un a besoin d’aide », insiste Grant Bazian.

L’enquête d’opinion révèle également que nombre de particuliers (30 %) ignorent tout simplement comment faire pour sortir de la spirale du surendettement ou vers qui se tourner pour recevoir des conseils. Fait inquiétant, ce chiffre grimpe à près de la moitié (47 %) chez ceux qui sont les plus susceptibles d’avoir besoin d’aide en matière de faillite et d’allégement de la dette.

MÉFIANCE ENVERS LES PROFESSIONNELS

Enfin, le sondage montre que plusieurs Canadiens demeurent méfiants quand on leur suggère de contacter un professionnel de l’allégement de la dette. Plus de la moitié d’entre eux (52 %) avouent par exemple avoir de la difficulté à faire confiance aux entreprises spécialisées dans ce domaine. MNP souligne que ce sentiment est particulièrement élevé dans le groupe d’âge le moins susceptible de demander de l’aide en cas de difficultés financières, soit celui des 18-34 ans (58 %).

« Beaucoup de gens, notamment les jeunes, ne savent pas qu’il existe un système réglementé pour aider les personnes surendettées à retrouver une certaine stabilité financière. Les syndics d’insolvabilité agréés sont les seuls professionnels autorisés à offrir des options d’allègement, comme les propositions de consommateur et les faillites », rappelle Grant Bazian.

Le président de MNP conclut en appelant les consommateurs à se méfier de toute entreprise qui commercialiserait agressivement des remises de dettes à règlement rapide.

Le sondage a été réalisé en ligne par Ipsos auprès de 2 111 adultes d’un océan à l’autre entre le 14 et le 17 juin 2019. Sa marge d’erreur est de plus ou moins 2,4 %, 19 fois sur 20.