Donald Trump.
Photo : Mykhaylo Palinchak / 123RF

Donald Trump n’a pas payé d’impôt sur le revenu durant 10 ans et, l’année de son élection à la présidence des États-Unis, en 2016, le montant qu’il a déboursé était de… 750 dollars, révèle le New York Times.

Le quotidien américain, qui a publié dimanche une enquête approfondie sur la situation fiscale de l’actuel occupant de la Maison-Blanche, a réussi à se procurer des informations très précises s’étalant sur plus de 20 années. Et les résultats de ces investigations font beaucoup de bruit chez nos voisins du Sud.

En effet, malgré « les centaines de sociétés qui composent son groupe », l’ex-magnat de l’immobilier n’a acquitté aucun impôt sur le revenu au cours de 10 des 15 années qui ont précédé son accession au pouvoir. Et en 2016 et 2017, il n’a versé que quelques centaines de dollars. La raison? Le milliardaire « a déclaré plus de pertes d’argent que de gains », explique le New York Times.

Des informations que l’intéressé a cependant immédiatement qualifiées de « calomnies » sur son compte Twitter, même si, contrairement à ses prédécesseurs, il a toujours refusé de dévoiler ses déclarations fiscales.

« Ce sont des informations bidon, totalement inventées. J’ai payé beaucoup, et j’ai payé beaucoup d’impôts sur le revenu à l’État aussi », a-t-il soutenu lors d’une conférence de presse tenue à la Maison-Blanche. Mais sans fournir la moindre information pour corroborer ses dires. Dans son enquête, le New York Times ajoute que Donald Trump a en outre eu recours à tout un ensemble de déductions fiscales pour ses différentes résidences, son jet privé et même pour un montant de 70 000 dollars alloués à ses frais de coiffure et de maquillage avant ses interventions à la télévision.

BATAILLE JUDICIAIRE ENTRE RÉPUBLICAINS ET DÉMOCRATES

Les déclarations de revenus du milliardaire devenu président font l’objet d’une âpre bataille judiciaire entre le président et des élus démocrates, rappelle de son côté l’Agence France-Presse.

« Celui qui a fait de sa fortune un argument de campagne a aussi alimenté, par son refus de publier ses déclarations, les spéculations sur l’étendue de cette richesse, sur de possibles pratiques d’optimisation fiscale à la frontière de la légalité ou sur de potentiels conflits d’intérêts », note l’AFP. Celle-ci souligne par ailleurs que cette affaire « risque d’électriser un peu plus la campagne pour la présidentielle du 3 novembre, deux jours avant le premier duel télévisé de mardi soir » entre Donald Trump et son rival, Joe Biden.

Présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi a estimé dimanche que les informations du New York Times démontraient « le mépris total de Trump pour les familles de travailleurs américains ». « Le président a joué avec le code des impôts à son avantage et s’est servi de combats juridiques pour retarder ou éviter de payer ce qu’il doit », a pour sa part affirmé le représentant démocrate Richard Neal, qui réclame depuis de longs mois, jusqu’à présent en vain, que les déclarations de revenus de Donald Trump soient publiées.

Dans un tweet également publié dimanche, l’équipe de campagne du candidat démocrate Joe Biden a quant à elle choisi de rappeler qu’un enseignant payait en moyenne 7 239 dollars d’impôt fédéral sur le revenu, tandis qu’un pompier en payait 5 283, et une infirmière 10 216 dollars, alors même que ces professions ont été sévèrement affectées par la crise sanitaire et par les graves incendies dans l’Ouest américain.

« J’ESPÈRE QUE CE SERA UN SIGNAL D’ALARME POUR LE CONGRÈS »

Directeur exécutif de l’organisme sans but lucratif Americans for Tax Fairness, Frank Clemente se montre encore plus cinglant. Dans une déclaration publiée lundi, il accuse le président américain d’être « un tricheur fiscal et un expert dans l’exploitation des failles du système que les riches comme lui et leurs lobbyistes à Washington utilisent pour contourner le code des impôts ».

« Depuis 2015, date à laquelle il a commencé à se présenter aux élections présidentielles, Donald Trump refuse de publier ses déclarations d’impôts, rappelle le dirigeant. Nous savons maintenant pourquoi : bien qu’il soit milliardaire, il passe des années sans payer d’impôt fédéral sur le revenu. (…) Il paie systématiquement moins d’impôts fédéraux que certains des travailleurs les moins bien payés d’Amérique, dont beaucoup risquent leur vie pour fournir des services vitaux durant la pandémie. Il est l’exemple même de ce qui ne va pas dans notre système fiscal corrompu, la preuve que nous avons besoin d’un système fiscal équitable, qui exige le plus de ceux qui ont le plus à donner. »

« L’enquête du New York Times prouve que Trump a payé un total de 1 500 dollars d’impôts fédéraux en l’espace de 13 ans, de 2000 à 2017, tout en menant un train de vie fastueux et en figurant chaque année depuis 2000, en bonne place, sur la liste Forbes des milliardaires américains, poursuit Frank Clemente. Au cours de cette période, selon Forbes, sa fortune a varié entre 1,7 milliard de dollars en 2000 et 4,5 milliards en 2016. Or, cette année-là, il n’a payé que 750 dollars d’impôts fédéraux sur le revenu. C’est ignoble! »

Conclusion du patron d’Americans for Tax Fairness : « J’espère que cette dernière révélation fiscale servira de signal d’alarme pour le Congrès. Si nous voulons créer une économie qui fonctionne pour tous, et pas seulement pour la petite minorité qui trône au sommet, nous devons créer un système d’imposition équitable qui empêche toute échappatoire, réprime la fraude fiscale et empêche tout milliardaire sans scrupules, y compris le président des États-Unis, d’esquiver ses obligations fiscales durant des décennies. »