Donald Trump.
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Le président Donald Trump ne cesse de critiquer la politique de hausse des taux de la Réserve fédérale (Fed), affirmant qu’elle a freiné la croissance économique américaine. Alors que le patron de celle-ci, Jerome Powell, assure qu’il ne baissera pas le taux directeur malgré les demandes véhémentes du président, on peut se demander : la politique de la Fed est-elle dangereuse pour l’économie?

Le journaliste économique Gérald Fillion s’est penché sur la question dans un récent article de Radio-Canada.

UNE SITUATION TENDUE

Les deux côtés restent fermes sur leur position. Donald Trump assure que si la Fed n’avait pas augmenté ses taux d’intérêt l’année passée, les faisant grimper de 1 %-1,25 % en décembre 2017 à 2,25 %-2,5 % en janvier 2019, l’économie américaine aurait atteint une croissance de 4 %.

« Si la Fed avait bien fait son travail, ce qu’elle n’a pas fait, a-t-il écrit sur Twitter la fin de semaine dernière, le marché boursier aurait ajouté de 5 000 à 10 000 points supplémentaires et le PIB aurait largement dépassé 4 % au lieu de 3 %… avec pratiquement pas d’inflation. Le resserrement quantitatif a tué la croissance, on aurait dû faire exactement le contraire! »

Pour cette raison, il demande à Jerome Powell de démissionner, ce que ce dernier refuse de faire. Il affirme qu’il ne fait que son travail et assurait le 10 mars dernier qu’il allait toujours « prendre ses décisions en s’appuyant sur ce que nous pensons être dans l’intérêt du peuple américain ».

QU’EN EST-IL RÉELLEMENT?

Bien que Donald Trump soit peu ouvert à la discussion et taise le fait que les guerres commerciales qu’il a créées depuis qu’il est à la présidence aient, selon les économistes, aussi un effet sur le ralentissement économique mondial, il n’a pas entièrement tort.

Les hausses de taux d’intérêt ont certainement eu un effet décélérateur sur les marchés. La Bourse carbure à l’injection et à la liquidité financières dans les marchés boursiers. Un resserrement monétaire tend donc à ralentir l’économie. Les marchés auraient donc certainement crû davantage sans l’intervention de la Fed. Toutefois, il est difficile de chiffrer cette hausse.

Cela étant dit, la banque centrale resserre sa politique pour une raison : éviter une flambée de l’inflation qui pourrait mener à une récession, une chute de la consommation et une hausse du chômage. La Fed cherche également, comme beaucoup de banques centrales, à normaliser ses taux d’intérêt, qui sont très bas depuis la crise financière de 2008. Le taux de l’inflation a frôlé les 3 % l’an dernier, il est donc peu étonnant que la Fed ait décidé de hausser ses taux d’intérêt.

Quant à une croissance économique de 4 %, il s’agit d’une des promesses de Donald Trump depuis qu’il est à la présidence. Aucun économiste n’a prévu une telle croissance dans les dernières années et n’en prévoit bientôt une. La baisse d’impôt du président a bien fait monter la croissance annualisée à 4,2 % au 2e trimestre 2018, mais l’effet fiscal n’a eu qu’un effet momentané. En 2018, la croissance s’est limitée à 2,9 % en 2018 aux États-Unis, à 2,2 % en 2017.

CONTRER LE DIRECTEUR DE LA FED

Donald Trump tente de trouver sans cesse des façons de stimuler l’économie américaine alors que le cycle de croissance touche à sa fin. Pour expliquer la progression moins rapide de l’économie, le président a enfin trouvé une raison et un coupable.

C’est lui qui a nommé Jerome Powell à la tête de la Fed, mais il ne peut pas le renvoyer. Il le critique, ne respectant pas les règles habituelles qui encadrent l’indépendance de la Fed du pouvoir politique, mais le patron de la Fed reste sourd à ses remarques.

Donald Trump a donc décidé de nommer des gens qui ont la même opinion que lui concernant la politique de Jerome Powell au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale. Il a ainsi proposé deux nominations : Stephen Moore, un commentateur économique conservateur, et Herman Cain, un homme d’affaires, proche de la mouvance du Tea Party dans le Parti républicain.

« Je suis certainement préoccupé par l’indépendance des banques centrales dans d’autres pays […] surtout dans la plus importante juridiction mondiale », a dit Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, en fin de semaine dernière.

Cependant, il serait absurde que la Réserve fédérale décide de baisser ses taux alors que l’économie est toujours en croissance et que le taux de chômage est sous les 4 %, il s’agirait d’une abdication de son indépendance.

Selon l’économiste Clément Gignac, le patron de la Fed devrait toutefois se méfier.

« On a déjà vu ça, ce film-là! Reculons dans les années 80, lorsque Ronald Reagan avait renouvelé le mandat de Paul Volcker [à la tête de la Réserve fédérale], il y a eu une série de nominations par la suite, des gens qui venaient de l’extérieur du réseau. Et on a eu une situation où M. Volcker a été mis en minorité dans une décision de la Réserve fédérale. […] Je ne m’inquiète pas outre mesure, mais clairement, M. Powell devra regarder dans son rétroviseur parce qu’il y aura peut-être des voix discordantes autour de la table », a-t-il affirmé lors d’une entrevue à RDI économie le 5 avril.

En sachant que 19 personnes peuvent faire partie du conseil de politique monétaire à la Réserve fédérale et qu’une douzaine sont nommées par les banques centrales régionales, le président parviendra-t-il à avoir assez de personnes de son bord pour inverser la politique de la Fed?