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Les banques centrales canadiennes et américaines planifient leurs réactions en vue d’une éventuelle récession, mais certains de leurs anciens dirigeants ne s’accordent pas nécessairement entre eux sur la capacité qu’ils auront à lui faire face, raconte Le Devoir.

L’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke, se fait optimiste. Celle-ci dispose déjà, selon lui, des moyens nécessaires pour affronter la fin du présent cycle de croissance économique au sud de la frontière. Notre voisin du Sud vit présentement la plus longue période de croissance économique ininterrompue de son histoire. 

Certes, le taux directeur de la Fed reste très près du plancher, entre 1,5 % et 1,75 %, mais s’il remontait à entre 2 % et 3 %, il offrirait une marge de manœuvre intéressante, juge Ben Bernanke. Elle pourrait alors les baisser en cas de récession, voire jusqu’à 0 %, pour stimuler l’économie. Surtout que la Réserve fédérale pourrait s’engager publiquement à les laisser inchangés pendant une longue période de temps, ce qui agirait comme une autre baisse des taux et devrait, théoriquement, stimuler encore plus l’économie. La Fed pourrait aussi avoir recours à l’achat massifs d’actifs financiers (assouplissement quantitatif).

UN REMÈDE TROP FAIBLE

Mark Carney, gouverneur sortant de la Banque d’Angleterre et ex-gouverneur de la Banque du Canada, poste qu’il occupait lors de la crise de 2008, juge tout cela insuffisant. Il se demande d’abord comme la Fed parviendra à hausser son taux directeur avant la prochaine crise. D’autant que les taux sont déjà à la baisse. Au Royaume-Uni, ils ne sont que de 0,75 %, alors qu’ils naviguent en territoire négatif en Europe et au Japon.

Ensuite, il souligne que lors de la dernière crise, il a fallu baisser le taux directeur de la Fed de 5,25 % à 0 % en plus de mettre en branle d’autres moyens.

C’est ce genre de dilemme que les banques centrales chercheront à résoudre cette année. La banque centrale américaine réexamine ses stratégies, outils et pratiques de communication. La banque centrale européenne (BCE) fait de même pour la première fois depuis 2003 et la Banque du Canada leur emboîtera le pas en vue d’une nouvelle entente de cinq ans avec le gouvernement canadien en 2021. 

LE RÔLE DES GOUVERNEMENTS

Mark Carney rappelle aussi que les banques centrales ne sont pas seules dans ce bateau. La politique monétaire n’est pas toute-puissante et les gouvernements devront aussi collaborer en cas de récession. 

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est bien d’accord et proposait certaines politiques publiques pour relancer la croissance dans ses récentes perspectives économiques. L’OCDE croit que si le ralentissement économique s’aggrave avant que les banques centrales n’aient eu le temps de regarnir leurs réserves, les gouvernements du G20 devraient augmenter leurs dépenses d’environ 0,5 % de leur produit intérieur brut (PIB), quitte à emprunter pour y arriver. Cela pourrait se faire sous la forme de réduction d’impôt, de programmes d’infrastructures et de réformes structurelles. Ces interventions devraient être coordonnées afin de maximiser leur impact sur l’économie et les marchés.

L’OCDE estime que de telles initiatives pourraient ajouter 0,75 % au PIB la première année, 1,25 % la deuxième année et un peu plus de 1 % en moyenne annuellement par la suite. Mais dans un contexte de Brexit, de montée du nationalisme économique et de toute l’incertitude qu’engendre les comportements parfois erratiques de Donald Trump, il pourrait être difficile pour les gouvernements de mettre en place de telles mesures et surtout de les coordonner, admet l’OCDE.

Qui donc sauvera la mise lors de la prochaine récession? Le suspense reste entier…

LES CANADIENS ANXIEUX

En attendant, bien des Canadiens continuent de s’inquiéter au sujet d’une éventuelle récession. Dans un sondage de fin d’année de Bloomberg, 55 % des Canadiens jugeaient « assez probable » une récession en 2020. Seulement 33 % la croyait peu probable.

Le fossé entre les régions du pays apparaît toutefois très clairement dans ce sondage. L’anxiété atteint son paroxysme dans les provinces des Prairies où 73 % attendent une récession dès cette année. Au Québec, on bat des records d’optimisme. Seulement 39 % prévoient un tel ralentissement économique. Les autres provinces se rapprochent de la moyenne canadienne.

Les économistes prédisent quant à eux une croissance d’environ 1,6 % au Canada cette année. Qui aura raison?