Travailleur tenant une mallette et un masque.
Photo : nito100 / iStock

Si les travailleurs canadiens se portent mieux financièrement qu’avant la crise sanitaire due au coronavirus, ils sont aussi « significativement » plus stressés qu’auparavant sur ce plan, selon une étude de l’Association canadienne de la paie.

Dans ce document publié lundi, l’ACP relève en effet que la pandémie a fait en sorte que beaucoup de personnes, qui continuent à toucher leur paie malgré les événements, se portent mieux qu’avant en matière de finances personnelles. Pourtant, paradoxalement, leur bien-être financier n’a pas progressé, bien au contraire.

Que ce soit par contrainte ou par peur, le fait de ne pas avoir à se rendre au travail, à s’acheter de quoi manger le midi ou à acquitter des frais de garderie a permis à 62 % des travailleurs d’épargner plus de 5 % de leur paie, alors qu’ils étaient 59 % à le faire l’an dernier à la même période. La proportion de ceux qui affirment vivre dans la précarité de paie en paie a par ailleurs régressé de 6 % par rapport à 2019, atteignant un plancher depuis la première édition du sondage il y a 12 ans.

DES RÉSULTATS PARADOXAUX

Si l’on se fie à l’analyse des sondages de l’ACP depuis 2009 réalisée par le laboratoire d’analyse de données financières Western-Laurier (pour qui les Canadiens se divisent sur le plan financier en trois catégories : ceux qui sont financièrement stressés, ceux qui se débrouillent et ceux qui sont à l’aise), le fait d’épargner davantage aurait dû contribuer au bien-être financier du plus grand nombre. En effet, au cours des années précédentes, l’amélioration des habitudes d’épargne et la capacité à composer avec une difficulté financière passagère constituaient les critères les plus fiables pour déterminer à quel groupe appartenait tel ou tel répondant.

Or, contrairement aux attentes, l’analyse des résultats du sondage de 2020 par Western-Laurier, selon la même méthodologie, montre qu’une proportion accrue de travailleurs canadiens sont aujourd’hui financièrement stressés, tandis que le fossé entre ceux qui se débrouillent et ceux qui sont à l’aise s’est élargi. Cette année, 43 % des travailleurs canadiens sont ainsi financièrement stressés, alors que seuls 22 % se sentent à l’aise. Pour information, entre 2009 et 2019, chacun de ces groupes englobait un tiers des travailleurs.

Le sondage de l’ACP révèle que, dans l’ensemble, les inquiétudes liées aux questions économiques ont fortement augmenté parmi les travailleurs au pays, qu’ils soient financièrement stressés ou à l’aise, ou encore qu’ils se débrouillent. Aujourd’hui, 62 % des sondés jusqu’à maintenant considérés comme étant financièrement à l’aise se disent ainsi troublés par les perspectives inflationnistes, alors que moins de la moitié d’entre eux (47 %) l’étaient l’an dernier à la même époque.

Par ailleurs, 52 % des travailleurs financièrement stressés s’interrogent désormais sur leur capacité à prendre leur retraite, contre seulement 45 % en 2019. Enfin, logiquement, l’ensemble des répondants indiquent craindre davantage qu’avant une récession.

LES VÉRITABLES COÛTS DU STRESS FINANCIER

L’étude de l’ACP montre que le stress financier n’est pas qu’une notion abstraite et que, à la maison comme au travail, ses conséquences sont bien réelles pour des millions de Canadiens, de même que pour leurs employeurs. Ainsi, près de 69 % des répondants ont avoué « réfléchir à des questions financières personnelles » quand ils sont au bureau. Résultat : pour les entreprises partout au pays, ce phénomène se traduit par une perte de productivité estimée à plus de 20 milliards de dollars. « C’est une estimation prudente. Il faut aussi prendre en compte les coûts engendrés par la hausse de l’absentéisme, par la baisse de la motivation, par l’étiolement des relations entre collègues et par la rotation du personnel, que nombre de répondants citent parmi les conséquences du stress financier », précise le président de l’ACP, Peter Tzanetakis.

« Il est difficile de déterminer à quel point la pandémie de COVID-19 a contribué à l’augmentation statistiquement significative du nombre de travailleurs financièrement stressés, ajoute le dirigeant. Pendant plus d’une décennie, le bien-être financier des Canadiens était directement lié à des facteurs fondamentaux, stables et à long terme. Si la pandémie a forcé beaucoup d’entre eux à ne plus vivre au-dessus de leurs moyens et à épargner davantage, elle a en même temps engendré une énorme incertitude concernant l’évolution future de l’économie. »

« Même si l’augmentation du nombre de travailleurs financièrement stressés n’est pas une surprise, l’écart entre les résultats de cette année et ceux que les tendances historiques permettaient de prévoir nous a beaucoup étonnés. L’algorithme a permis d’établir qu’une combinaison complexe de nouveaux facteurs, y compris plus psychologiques que financiers, a cette fois-ci influé sur le stress financier des répondants, y compris chez ceux qui continuent de toucher leur paie et restent financièrement à l’aise », conclut Adam Metzler, professeur agrégé de mathématiques à l’Université Wilfrid-Laurier et coresponsable de l’équipe qui a analysé les données de l’ACP.