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Qu’il s’agisse de fonds souverains, de fonds indiciels ou de fonds d’investissement privés, force est de constater que les fonds de placement ne cessent de grossir et ont donc toujours plus de pouvoir. Ainsi, une question se pose : sommes-nous gouvernés par les fonds?

Le journal helvète Le Temps a analysé la question et, après avoir évalué le pouvoir potentiel immense que signifie une telle concentration d’argent, en a conclu que les fonds ne nous gouvernent pas.

DES SOMMES CONSIDÉRABLES

Les fonds souverains d’État ne cessent de grandir. Il faut savoir que presque tous les pays du monde qui ont des excédents financiers à long terme utilisent des fonds souverains comme instrument de gestion.

Au total, la masse d’actif sous gestion des fonds souverains d’État s’élève à 8 144 milliards de dollars, soit autant que le produit intérieur brut (PIB) de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de la France combinés. À eux seuls, les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Arabie saoudite et le Qatar gèrent 2 928 G$.

La Norvège est le pays qui possède le plus grand fonds souverain au monde. Celui-ci s’élève à environ 200 000 $ par habitant. Même si la Norvège est un petit pays comptant environ 5,3 millions d’habitants, le montant de ce fonds culmine à 1 074 G$.

INFLUENCER LA GESTION DES ENTREPRISES

L’objectif de ces fonds est évidemment la profitabilité, mais ils poursuivent également d’autres buts. Ainsi, le fonds norvégien met la pression sur la gouvernance des entreprises auprès desquelles il investit, ce qui représente près de 10 000 sociétés (9 158, pour être précis).

Ce fonds a ainsi décidé de ne plus investir dans des entreprises qui produisent du tabac et, plus récemment, du charbon. Il exclut aussi les entreprises où le président de la direction est également celui du conseil d’administration.

Ce ne sont pas les seuls types de fonds à profiter de leur statut d’investisseur pour faire évoluer les mentalités. Les objectifs de rendement des fonds d’investissement privé, qui ont connu un bel engouement ces dernières années, influencent également la gestion des entreprises dans lesquelles ils investissent. Ces fonds mettent notamment de la pression quant aux coûts d’exploitation des sociétés et interviennent également auprès des conseils d’administration.

Ces fonds d’investissement privé ont un poids financier non négligeable puisqu’en cinq ans, les leaders sur le marché, Carlyle, Blackstone, KKR, Apollo ou CVC, ont levé plus de 250 G$ pour être réinvestis dans des entreprises. On comprend pourquoi leur avis est pris en compte par les sociétés.

ET LES MARCHÉS BOURSIERS?

Ces fonds pourraient également avoir un grand pouvoir sur les marchés boursiers. Les trois grands acteurs dans les fonds communs de placements (FCP) et les fonds négociés en Bourse (FNB) qui reproduisent généralement les capitalisations boursières sont Vanguard, Blackstone et State Street.

Ensemble, ces trois géants seraient les actionnaires de référence de plus de 88 % des entreprises cotées sur le S&P 500. S’ils décidaient de se mettre ensemble, nul doute qu’ils pourraient avoir une incidence très marquée sur l’un des plus célèbres indices du monde.

LA DOMINATION N’EST PAS POUR DEMAIN

Si certains chercheurs voient d’un mauvais œil le fait que l’actionnaire principal d’une entreprise puisse être également celui de sa concurrente, le pouvoir potentiel de cette concentration de richesse ne les inquiète pas vraiment.

Ainsi, bien qu’en théorie une coalition de 50 dirigeants de ces fonds pourrait bouleverser l’économie mondiale, il est fort peu probable qu’une telle chose se produise. Ce n’est donc pas demain que nous serons soumis aux moindres caprices des dirigeants de ces fonds.