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Depuis plusieurs années, les taux d’intérêt restent orientés à la baisse dans les principales économies occidentales, pour le plus grand bénéfice des États mais pas des banques ni des épargnants, estime Le Monde.

Dans une analyse publiée récemment, le quotidien français explique que ce phénomène, amorcé dès la fin des années 1970, est en partie dû à la politique des instituts monétaires, « qui ont massivement baissé leurs taux directeurs après la crise de 2008 pour relancer le crédit ». En outre, après les avoir légèrement relevés, les banques centrales des pays industrialisés les ont depuis réduits de nouveau « face aux tensions commerciales et au ralentissement de la croissance mondiale ».

Les grands gagnants de ces taux bas sont les États, car cette politique représente « des économies considérables pour les finances publiques », écrit Le Monde, qui ajoute que la véritable question est de savoir « si les gouvernements utilisent les sommes ainsi dégagées à bon escient », c’est-à-dire pour investir dans les infrastructures, la transition énergétique, la santé, l’éducation, ou encore pour réduire leur dette. Aux dires de plusieurs économistes, ce n’est pas vraiment le cas…

LES BANQUES LOURDEMENT TOUCHÉES

Le journal souligne que si d’un côté les ménages empruntent moins à moindre coût qu’auparavant, de l’autre, leur épargne leur rapporte également moins. « Selon leur profil financier, ils sont donc gagnants ou perdants, et parfois les deux en même temps », résume le quotidien. Lorsqu’ils font un emprunt hypothécaire, le gain l’emporte, puisque le coût moyen des crédits immobiliers est très faible. Mais dans le même temps, « les taux bas accentuent la flambée des prix de l’immobilier dans les grandes villes, au détriment des ménages à bas revenus ».

De leur côté, les institutions financières sont lourdement touchées par la politique de taux bas menée en Amérique du Nord et en Europe. Évoquant la situation sur le Vieux Continent, Le Monde juge que cette stratégie « a bouleversé le modèle d’affaires des banques européennes ». Et même si, dans une première phase, celle-ci a eu quelques effets positifs pour le secteur (en attirant les emprunteurs et parce que les crédits « faciles » ont fait régresser le nombre de prêts non remboursés), le bilan est aujourd’hui nettement moins reluisant.

La raison? Les faibles taux d’intérêt désormais en vigueur ont fortement réduit leurs marges sur les crédits octroyés aux consommateurs ou aux futurs acquéreurs d’un bien immobilier. Au point que certains établissements bancaires, au Danemark et en Suisse notamment, en arrivent désormais à proposer à certains de leurs clients des emprunts avec des taux d’intérêt négatifs.

« NOUS VIVONS UN CHANGEMENT D’ÈRE »

Quant aux compagnies d’assurance, elles aussi ont vu certains de leurs produits les plus populaires perdre de leur attrait auprès des consommateurs, spécialement l’assurance vie dans le cas de la France. En effet, politique de taux bas oblige, le rendement de ce type de placement n’a cessé d’être revu à la baisse au cours des dernières années alors que, parallèlement, les assureurs augmentaient leur « coussin de sécurité » afin d’être capables de faire face à une éventuelle remontée brutale des taux. À l’instar des banques, ils ont donc été contraints d’abaisser leurs coûts et de diminuer leurs marges.

Conclusion du Monde : « Si les emprunteurs profitent des taux bas, les épargnants et les banques, en revanche, sont pénalisés. (…) C’est une petite révolution. Un changement d’ère, dont les universitaires, les financiers et les banquiers centraux eux-mêmes peinent encore à saisir les conséquences. »