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Le gouvernement fédéral présente ses projections aux Canadiens pour démontrer comment la COVID-19 pourrait affecter le Canada dans les semaines et les mois à venir.

Des fonctionnaires fédéraux ont convoqué les journalistes à une séance d’information technique pour leur présenter les données basées sur des modèles étudiés par les autorités de la santé publique.

Récemment, des provinces ont présenté leurs propres projections au public. Celles du Québec laissaient entrevoir quelque 29 000 cas d’infection faisant entre 1 263 et 9 000 victimes, selon les projections les plus probables du moment.

L’AIDE FINANCIÈRE ÉLARGIE

Le gouvernement fédéral assouplit une fois de plus son aide aux entreprises et rajuste la facture de l’ensemble de l’aide fédérale, qui atteint maintenant 257 milliards de dollars.

La subvention salariale à hauteur de 75 % coûtera 73 milliards de dollars, soit 2 milliards de dollars de plus que ce qui avait été calculé la semaine dernière.

Ottawa la rend plus accessible – les pertes de revenus à prouver sont revues à la baisse – et fait cadeau aux entreprises de leurs cotisations à l’assurance-emploi, au Régime québécois d’assurance parentale ainsi qu’au Régime de pensions du Canada et à la Régie des rentes du Québec.

Pour avoir accès à la subvention de 75 % de la masse salariale, les entreprises n’auront plus à démontrer une baisse de 30 % de leurs revenus. Ottawa abaisse la barre à 15 % de pertes. Et les mois de janvier et de février pourront servir de point de référence.

Avec cet ajustement de plus, annoncé mercredi matin, le premier ministre Justin Trudeau tentait manifestement d’adoucir le choc prévisible du lendemain; les statistiques de chômage pour le mois de mars seront publiées jeudi.

Il a ainsi plaidé une fois de plus auprès des entreprises pour qu’elles réembauchent les employés mis à pied.

« Pour que notre économie survive à tout ça, nous avons besoin que les entreprises survivent et que les employés soient payés », a-t-il souligné.

M. Trudeau a également annoncé des changements au programme fédéral d’emplois d’été pour les étudiants. Ottawa offrira aux employeurs jusqu’à 100 % du salaire minimum en vigueur dans la province où ils embaucheront des étudiants.

« Aujourd’hui, nous prenons un pas dans la bonne direction pour aider les jeunes à trouver du travail en ces temps difficiles, mais je veux être clair : nous allons en faire davantage », a déclaré M. Trudeau, lors de son point de presse quotidien.

Le gouvernement fédéral élabore quelque chose pour ceux qui sont passés dans les mailles du filet d’aide déjà annoncée sous forme de prestation canadienne d’urgence (PCU).

« Je pense par exemple aux pigistes, aux professionnels des soins à domicile et à ceux dont les heures de travail ont été réduites à 10 heures par semaine ou moins. On est en train de trouver des solutions et on va vous aider », a promis le premier ministre, une fois de plus.

Dans la seule journée de mardi, ils ont été quelque 750 000 Canadiens à soumettre des demandes de PCU. En milieu d’après-midi mercredi, on avait compté 491 322 depuis le matin.

Sur les 4,75 millions de demandes d’assurance-emploi et de PCU faites depuis le 15 mars, 3,87 millions avaient déjà été traitées mercredi midi, selon le président du Conseil du trésor, Jean-Yves Duclos. « Le système fonctionne étonnamment bien », a dit le ministre. Jeudi, ce sera au tour des personnes nées en octobre, novembre et décembre de s’inscrire pour la PCU.

À QUAND LE RETOUR À LA NORMALE?

Le premier ministre a tenté de brosser le tableau de l’après. Et c’est un après qui sera compliqué pour un certain temps, tant qu’il n’y aura pas de vaccin contre la COVID-19.

« On ne sait pas exactement quand le pic viendra », a d’abord rappelé M. Trudeau.

« Dans les mois et l’année à venir, c’est possible qu’après qu’on passe cette phase-ci du virus, on ait une résurgence ici et là du virus au Canada. Mais on va avoir des mesures pour, j’espère, mieux contrôler et (…) réduire l’impact de ces petits moments plus difficiles à quelques endroits », a-t-il ajouté.

Ces mesures : une meilleure administration des tests, l’isolement de certaines communautés vulnérables quand nécessaire, un retour graduel de l’activité économique.

Tout cela, a dit le premier ministre, sera fait afin que lorsque ces résurgences apparaîtront, « nous pourrons nous ajuster rapidement et réagir ». Ainsi, les prochains épisodes ne seront pas « aussi sérieux que celui-ci ».

Et on en a « pour de nombreux mois ».

PUBLICATION DES SCÉNARIOS D’OTTAWA

Pour ce qui est de partager à son tour les scénarios de l’évolution nationale de la pandémie, le premier ministre a souligné qu’il y a des « différences significatives » dans les situations des provinces, chacune étant à un moment différent de cette évolution sur son territoire.

« Nous tentons de comprendre à quel moment de la courbe nous sommes », en tant que pays, a indiqué M. Trudeau.

« Si on veut partager un modèle, ou une prévision, qui soit réellement national, il va falloir qu’on rassemble (…) ces informations (…) des différentes provinces et nous allons le faire d’ici les prochains jours », a-t-il dit.

À l’Agence de la santé publique du Canada, on dit ne pas avoir en main des données à jour sur un élément essentiel pour faire des projections et élaborer des scénarios : le nombre d’hospitalisations au pays.

« Comme il faut du temps aux autorités sanitaires pour recueillir ces informations pour chaque personne et les envoyer ensuite à l’Agence de la santé publique du Canada, il y a un délai dans la réception des données complètes sur tous les cas signalés », a écrit dans un courriel Natalie Mohamed, conseillère des relations avec les médias à l’agence.

Elle a ainsi renvoyé La Presse canadienne vers les autorités de santé publique des provinces et des territoires « car (elles) disposeront des données les plus à jour ».