Photo : Jeangagnon [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)]

Guy Cormier a récemment livré un vibrant plaidoyer contre la tyrannie du court-terme et en faveur du modèle coopératif, devant le Toronto Global Forum. Des propos qu’il a ensuite réitérés dans une entrevue offerte au Financial Post.

Le président et chef de la direction de Desjardins a notamment commenté la très médiatisée signature par 181 dirigeants d’entreprises américaines d’une promesse d’investir dans les employés, de traiter leurs fournisseurs équitablement et de soutenir leurs communautés. Cela faisait suite à une initiative de Business Roundtable, un groupe de pression important au sud de la frontière. 

PENSER À LONG TERME

Toutefois, Guy Cormier croit qu’il faudra bien plus que ce type d’engagement pour modifier la relation, parfois toxique, entre les entreprises et la société. Une vision qui fait écho à celle du World Resources Institute. Ce dernier a qualifié le nouvel engagement du Business Roundtable de dépasser le modèle de responsabilité sociétale présenté dans cet engagement, avant d’en appeler à la création de nouveaux modèles d’affaires innovateurs et durables et à des décisions courageuses des entreprises.  

Cela rejoint les propos de Guy Cormier. Selon lui, la responsabilité sociale d’une entreprise doit parfois passer par des décisions qui se prennent au détriment du profit immédiat. Desjardins aurait, depuis l’adoption des critères ESG en 2018, refusé un quart des demandes de financement de projets qui lui ont été soumises. « Cela même si leurs résultats étaient bons et qu’ils faisaient de l’argent, précise-t-il. Nous pensions que les répercussions sur l’environnement, la société et la gouvernance n’étaient pas acceptables. Nous avons dit non. »

Desjardins a aussi décentralisé certaines de ses activités et ouvert des centres d’appels dans de petites communautés, même si cela coûtait plus cher. « Si vous êtes sérieux quant aux perspectives à long terme, parfois cela signifie que vous prendrez des décisions qui affecteront votre balance de profit », ajoute le président.

Guy Cormier croit que les tensions commerciales, le changement climatique ou les inégalités de revenus sont en fait différents symptômes d’un même problème : la gestion à court terme. Concentrés sur le prochain trimestre, la prochaine année, la prochaine élection, beaucoup d’acteurs économiques et politiques perdent de vue les conséquences à long terme de leurs décisions. 

LES AVANTAGES DU MODÈLE COOPÉRATIF

Un problème que le modèle coopératif aiderait à corriger, puisque le souci du retour à l’investisseur y est considéré au même titre que les effets sur d’autres parties prenantes. Il va sans dire, rappelle le Financial Post, que Guy Cormier ne fait pas face aux mêmes pressions que les dirigeants de JP Morgan Chase & Co ou Apple.

La récente fuite de données massive qui a frappé Desjardins en constitue un exemple. Selon le Mouvement, la confiance élevée des membres envers la coopérative et le fait de ne pas avoir d’actionnaires à calmer a aidé à passer au travers cette épreuve. Desjardins aurait même recruté 15 000 nouveaux membres depuis l’incident. 

Cela dit, le Mouvement Desjardins n’est certainement pas allergique aux profits. À la fin du moins de juin, il rapportait des excédents de plus d’un milliard de dollars pour 2019 et des actifs totaux de plus de 310 milliards de dollars. Desjardins avait aussi payé 157 millions de dollars en dividendes à ses membres et versé 38 million de dollars en commandites, dons et bourses.