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En se repliant, l’économie canadienne prend son élan pour mieux rugir au second semestre, selon Benjamin Tal, économiste en chef adjoint de la CIBC.

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« Nous sommes au beau milieu d’une économie en zigzag, qui suit la propagation du virus. Le dernier trimestre 2020 était deux fois meilleur que dans les prévisions de la Banque du Canada, et le premier trimestre a affiché 6 % de croissance du PIB alors qu’on l’annonçait négatif. L’économie a suivi en fait la ligne de la pandémie, et comme on était à ce moment-là entre la seconde et la troisième vague d’infections, cela explique les résultats inattendus », analyse Benjamin Tal.

Désormais au beau milieu de cette troisième vague, nous devons donc nous attendre à un ralentissement économique pour le second trimestre. Mais le second semestre sera, lui, « extraordinairement fort », croit-il.

« En présumant que nous approcherons de l’immunité collective d’ici septembre-octobre, la croissance sera très forte pour trois raisons. La première est que les dommages de cette crise sont contenus dans une tranche de la population. Ceux qui souffrent, souffrent beaucoup ; mais le nombre de secteurs d’activité affectés est moins élevé que dans d’autres récessions. Seules quelques industries auront une grosse pente à remonter. C’est pourquoi la reprise sera plus forte qu’après d’autres récessions », dit Benjamin Tal.

Deuxième raison : les dommages sont concentrés dans le secteur des services, qui se remettent plus facilement d’une récession, selon lui.

« Quand il suffit d’appuyer sur un bouton pour recevoir un vélo d’exercice, le commerce des biens se porte bien. C’est le secteur des services qui a souffert de façon significative. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’ils sont beaucoup plus adaptatifs. Il est bien plus facile de lancer un nouveau restaurant que d’ouvrir une nouvelle usine. Dès qu’elle aura le feu vert, la reprise va s’accélérer très rapidement », poursuit Benjamin Tal.

« Troisièmement, et c’est le facteur le plus important, les particuliers sont assis sur pas moins de 100 milliards de liquidités excédentaires, et les entreprises sur 130 milliards. Tout cet argent repose dans des comptes chèques ou d’épargne avec zéro intérêt. Dès qu’il aura le feu vert, cet argent sera dépensé. Et où ? Dans les services, justement où on en aura le plus besoin. »

L’économiste indique cependant un nuage à l’horizon : la menace inflationniste.

« La Banque du Canada imprime de l’argent à une vitesse jamais vue et nos gouvernements dépensent sans compter. Qu’en est-il de l’inflation ? L’espoir est qu’elle accélère dans les prochains mois, mais qu’elle se stabilise autour de 2 %. C’est ce qu’espèrent en tout cas la Banque du Canada et la Réserve fédérale. »

Cependant, rappelle-t-il, l’inflation est une bête encore mal comprise et très imprévisible.

« Les investisseurs doivent considérer qu’il y a un risque, car personne ne sait vraiment quelle ampleur prendra l’inflation. Quand je dis personne, j’inclus les banques centrales. L’inflation est comme la tache brune sur la banane : quand vous la voyez, il est trop tard ! Il est toujours possible qu’elle s’emballe et que les banques centrales augmentent leurs taux trop rapidement, et les investisseurs doivent prendre cela en compte. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.