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Promettre de ne plus émettre de gaz à effet de serre est devenu si populaire parmi les grandes sociétés que les banques canadiennes s’y sont engagées deux fois l’année dernière.

La Banque TD avait lancé le bal vers la fin de 2020, ses concurrentes l’ont imitée tout au long de 2021. En novembre, elles ont renouvelé leur engagement en adhérant à l’alliance bancaire Net Zéro lancée par l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney.

L’ONU et plusieurs autres intervenants ont rappelé l’importance de diminuer les émissions de gaz à effet de serre au cours de cette décennie. De quelle façon les grandes banques canadiennes participeront-elles à ce combat ? On ne le saura vraiment que lorsqu’elles dévoileront avec précision leur plan, sans doute l’an prochain.

Les banques se sont montrées avares de précisions. Les groupes environnementaux attendent de voir si elles présenteront des cibles de réduction provisoires et des plans pour y parvenir.

En annonçant leur engagement, les banques n’ont pas fait état de cible, mais certaines indications pourraient être dévoilées l’an prochain.

Les pressions s’intensifient sur les grandes sociétés à mesure que les Canadiens subissent de plus en plus les conséquences des changements climatiques. Les militants écologistes concentrent de plus en plus leurs efforts sur le financement de la production des carburants fossiles.

Les gouvernements veulent aussi agir rapidement. Même le président américain Joe Biden a soulevé le spectre d’une réglementation si l’industrie ne bouge pas assez vite dans ce dossier.

Le secteur financier parle de plus en plus de l’importance d’agir. Il veut rassembler des données et établir des normes qui permettront de prendre des mesures importantes conte les changements climatiques.

« Plus personne n’est plus au courant. Pas un seul continent qui n’a pas subi les conséquences des changements climatiques », constate Margaret Franklin, la directrice générale de l’Institut CFA, qui a dévoilé en novembre du guide sur les investissements durables.

« La coopération commence à s’établir à cause de l’urgence de la situation, ajoute-t-elle. Jusqu’à présent, nous notions des efforts chaotiques, éclatés, dispersés, chacun proposant quelque chose de son côté. Maintenant, on commence à voir une force centrifuge pour tout consolider. »

Malgré tous ces vœux formulés par les grandes banques canadiennes, celles-ci demeurent des investisseuses importantes pour l’industrie pétrolière.

Deux rapports indépendants publiés par des groupes environnementaux indiquent que les cinq plus grandes banques canadiennes – la Banque Royale, la Banque TD, la Banque Scotia, la Banque de Montréal et la Banque canadienne impériale du commerce – ont prêté ou souscrit près de 700 milliards de dollars aux entreprises de combustibles fossiles depuis la signature de l’Accord de Paris sur le climat en décembre 2015

Réduire l’accès au capital est un enjeu important, car cela fera grimper les coûts des projets pour cette industrie. Les entreprises commenceront alors à envisager des solutions émettant moins de gaz à effet de serre, dit Keith Steward, un important stratège chez Greenpeace Canada.

« En étouffant le financement des carburants fossiles, on crée une plus grande nécessité pour trouver et lancer des projets alternatifs. »

Les grandes banques canadiennes ont promis d’investir des centaines de milliards de dollars dans des projets énergétiques durables visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais Keith Steward et d’autres intervenants s’inquiètent de la rigueur des conditions de ces prêts. Les normes canadiennes en voie d’élaboration pourraient être inférieures à celles que l’Union européenne a déjà établies.

Selon lui, les banques ont été relativement lentes à réagir aux changements climatiques. « Elles veulent pouvoir vendre de l’essence aux pyromanes et de l’eau aux pompiers », lance-t-il.

Les banques canadiennes préfèrent parler d’une approche prudente et équilibrée.

Lindsay Patrick, cheffe des Initiatives stratégiques à RBC Marché des Capitaux, dit que la banque tente de jauger les conséquences financières, sociales et environnementales d’un projet.

« L’enjeu est de déterminer la vitesse qu’un projet peut réduire les émissions et ses conséquences sociales et économiques. »

Elle rappelle que la RBC, qui a souvent été la cible des militants environnementaux, ne prévoit pas cesser de financer de nouveaux projets.

« On continue de croire que ce secteur a toujours un rôle à jouer, notamment si ses produits continuent d’être consommés tous les jours par tout le monde. »

Les banques peuvent s’attendre à ce que même leurs actionnaires leur réclament de l’action.

Les engagements qu’elles ont formulés sont un signe qu’elles sont bien au courant, croit Anthony Schein, de la Shareholder Association for Research & Education. « Elles réagissent aux investisseurs, aux décideurs et à la direction du vent. Elles ont commencé à reprendre des engagements positifs au cours des 12 derniers mois. Mais il reste encore un long chemin à parcourir. »

Il dit que les actionnaires peuvent porter leur attention sur les engagements des banques à cesser de financer de nouveaux projets d’exploitation de carburant fossile. Ils peuvent aussi les inciter à présenter plus rapidement des cibles intérimaires plus détaillées et plus ambitieuses. Ces plans à court terme sont nécessaires, car 2030 est à l’horizon des entreprises.

« C’était hier qu’on avait besoin de voir leurs plans », souligne Anthony Schein.