Aux États-Unis, la controverse liée aux prix des médicaments a redéfini les règles du jeu pour les investisseurs du secteur pharmaceutique, juge Ann Gallo, analyste spécialisée en santé et gestionnaire de portefeuille pour Wellington Management.

Cliquer ici pour entendre l’entrevue complète en baladodiffusion sur Gestionnaires en direct.

« Le prix des médicaments fait les manchettes depuis plus d’un an. La controverse a réellement commencé avec un tweet de Hillary Clinton », se souvient Ann Gallo.

Le 25 août 2015, la candidate démocrate à la présidence a condamné dans le réseau social la hausse du prix de l’EpiPen, un traitement par injection destiné aux personnes souffrant d’allergies sévères. En huit ans, ce produit a vu son prix grimper de près de 500 %, « sans aucune justification » selon Mme Clinton. Sa déclaration s’est immédiatement traduite par une chute des titres pharmaceutiques en Bourse.

« Maintenant que les prix sont un enjeu important, la seule façon pour les compagnies pharmaceutiques d’être récompensées par des remboursements attrayants est de se concentrer sur des produits et services innovants », estime Ann Gallo.

« Auparavant, elles pouvaient s’en tirer en faisant grimper les prix de médicaments qui n’étaient pas vraiment innovants, ou en exploitant des lacunes dans les règles de remboursement [des compagnies d’assurance]. Mais la controverse de l’EpiPen a rendu cela difficile pour elles », poursuit l’experte.

« En tant que société, nous sommes prêts à payer pour des produits et services qui allongent nos vies, et nous rendent plus heureux et en meilleure santé. Mais pour nous le permettre, nous devons trouver des façons d’économiser à d’autres niveaux. On assiste donc à une bifurcation dans la performance des compagnies pharmaceutiques. »

Mme Gallo cite les médicaments biosimilaires, qui jouent le même rôle que les médicaments génériques (ils peuvent être vendus par n’importe quel fabricant approuvé une fois que le brevet du médicament original tombe dans le domaine public), mais concernent des molécules plus complexes, qui doivent être produites par des organismes vivants (cultures cellulaires, par exemple).

« On l’a vu récemment avec plusieurs marques réputées : à mesure que des brevets importants sont perdus par leurs détenteurs, on voit arriver sur le marché des médicaments biosimilaires. C’est l’occasion de réaliser des économies qui permettent à leur tour de récompenser et de rembourser les produits et services innovants. Voilà ce qui guide désormais nos choix de placements dans le domaine pharmaceutique », conclut-elle.