Marcher sur une pelure de banane.
Photo : ackery Blanton / 123RF

Dans un récent article, l’éditeur associé de Financial-Planning, Sean Alloca, rappelle que les investisseurs se laissent souvent mener à l’erreur parce qu’ils s’affolent des enjeux financiers élevés ou d’événements déroutants.

Il faut dire que les événements déroutants ne manquent pas ces derniers temps. Tout semble au beau fixe sur les marchés, puis vous vous levez un bon matin et les Britanniques ont décidé de quitter l’Union européenne, ou les Américains ont décidé d’élire un Donald Trump bien décidé à en découdre avec la Chine, l’Iran… et un peu tout le monde en fait. Voilà de quoi ébranler votre belle confiance dans votre stratégie d’investissement.

Et encore. Au moins ces événements politiques sont relativement clairs. À l’inverse, il n’est pas toujours aisé de comprendre ce qui cause les récessions, les bulles et les marchés baissiers. Difficile alors de les voir venir et encore moins de les prévenir ou d’en mitiger les effets. Pour un conseiller, la réaction des clients à ce type d’événements est riche d’enseignement.

LE ROYAUME DE L’IRRATIONNEL

« Il n’y a aucune autre industrie au monde dans laquelle des gens pourtant intelligents deviennent crédules, paranoïaques et perdent la capacité d’envisager le risque de manière rationnelle », soutient Morgan Housel, du Collaborative Fund. Celui-ci s’exprimait récemment dans le cadre de la conférence Morningstar Investment. Ses propos sont rapportés dans l’article de Sean Alloca.

Selon Morgan Housel, bien investir ne dépend pas tant des connaissances d’un investisseur que de son comportement. Il s’agirait moins de prendre toujours les meilleures décisions que de réduire son nombre d’erreurs au minimum.

Ça peut sembler simple dit comme ça, mais enseigner cela à un client peut causer bien des soucis au conseiller le plus aguerri. Le comportement est difficile à analyser et il est ardu d’amener les clients à réagir rationnellement devant de mauvais scénarios d’investissement.

DIS-MOI D’OÙ TU VIENS…

Par exemple, un client qui aurait grandi pendant la Grande Dépression des années 1930 serait moitié moins porté à investir dans des actions qu’un autre qui aurait grandi dans les années 1960. Les clients qui ont grandi dans les années 1970 seraient beaucoup moins intéressés à investir dans les obligations que ceux qui ont grandi dans les années 1950. Et les clients qui étaient jeunes à l’époque du groupe Wham! sont deux fois plus portés à acheter des actions que ceux qui ont vécu leur adolescence au son de Led Zeppelin.

Cela montre bien que la tolérance au risque des investisseurs individuels dépend en grande partie de leur histoire individuelle, selon Morgan Housel. Les conseillers ont donc tout intérêt à bien connaître le passé de leurs clients pour bien répondre à leurs attentes en matière de planification financière.

RESTER OUVERT D’ESPRIT

Le directeur de la finance comportementale de Betterment, Dan Egan, rappelle quant à lui que les plateformes numériques d’investissement utilisent déjà la finance comportementale pour améliorer leurs résultats. Betterment utilise par exemple des indices visuels pour indiquer aux clients s’ils font assez d’efforts pour atteindre leurs objectifs financiers ou s’ils devraient épargner davantage.

Morgan Housel est aussi d’avis que les conseillers devraient encourager leurs clients à discuter avec d’autres investisseurs, afin d’obtenir des points de vue variés. « Il faut réaliser que les gens qui prennent des décisions différentes des vôtres ne sont pas toujours fous », dit-il, rappelant au final que les finances personnelles sont souvent plus personnelles que financières.