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Le gouvernement de Justin Trudeau a présenté mercredi son plus récent plan de soutien pour une économie qui se remet lentement de la pandémie. Il propose une aide plus ciblée aux entreprises gravement touchées et aux travailleurs en confinement, ainsi que des semaines supplémentaires de prestations d’urgence qui avaient expiré il y a quelques jours à peine.

Le projet de loi présenté mercredi aux Communes est l’un des quatre projets de loi que le gouvernement libéral souhaite faire adopter à tout prix avant l’ajournement des travaux de la Chambre pour les Fêtes, prévu le 17 décembre.

Les libéraux proposent de verser 300 $ par semaine, jusqu’au 7 mai 2022, aux travailleurs mis à pied en raison d’un ordre de confinement de la santé publique imposé par un gouvernement.

Cette nouvelle Prestation canadienne pour les travailleurs en cas de confinement serait rétroactive au 24 octobre, date à laquelle les libéraux ont laissé expirer une prestation en cas de pandémie pour les chômeurs, la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE, l’ex-PCU).

Cette prestation serait offerte tant aux travailleurs qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi qu’aux travailleurs qui y sont admissibles, pourvu qu’ils ne touchent aucune prestation d’assurance-emploi pendant la même période.

MALADES ET PROCHES AIDANTS

Les deux autres prestations sœurs de la PCRE, la Prestation canadienne de la relance économique pour proches aidants et la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique, seraient toutes les deux rétablies jusqu’au 7 mai, après avoir expiré le week-end dernier, avec deux semaines supplémentaires d’admissibilité.

Au cours de la même période, les subventions aux salaires et au loyer pour les entreprises seraient plus généreuses, mais davantage ciblées, dans les secteurs du tourisme, de la culture et de l’hôtellerie encore en difficulté, ainsi qu’à une longue liste d’entreprises comme les cinémas, les arcades, les casinos et les gymnases. Les entreprises devraient prouver une perte de revenus majeure et prolongée pour être admissibles au soutien fédéral.

Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, a salué la longue liste d’entreprises admissibles, mais il craint qu’un seuil trop élevé des pertes de revenus laisse de côté trop de petites entreprises.

De même, Restaurants Canada a demandé au gouvernement de réduire l’exigence de perte de revenus, par crainte que de nombreuses activités financièrement viables ne survivent pas à la pandémie.

« Cela fait des mois que nous demandons un soutien sectoriel et nous n’avons obtenu qu’une petite partie de ce que nous avons demandé », a déclaré Olivier Bourbeau, vice-président aux affaires fédérales et québécoises de l’association.

CRÉDIT À L’EMBAUCHE

Le gouvernement souhaite également prolonger jusqu’au mois de mai un crédit à l’embauche pour les entreprises qui augmentent leur masse salariale en haussant les salaires, en réembauchant des travailleurs mis à pied ou en recrutant de nouveaux employés. Le crédit ne nécessite pas une perte de revenus aussi importante pour être admissible.

Les libéraux soutiennent que l’économie n’est plus en crise comme au début de la pandémie, lorsque trois millions d’emplois ont été perdus, en mars et avril 2020. L’emploi a depuis rebondi aux niveaux d’avant la pandémie, bien que les rangs des chômeurs au Canada, y compris ceux qui sont sans emploi depuis six mois ou plus, restent plus élevés qu’avant la COVID-19.

Un mélange de taux de chômage élevé et de pénurie de main-d’œuvre contribue à expliquer pourquoi le gouvernement fédéral veut cibler son aide, dans l’espoir qu’elle relance l’embauche.

Une analyse des données d’enquête par le site d’offres d’emploi Indeed a révélé que davantage de personnes interrogées recherchaient activement du travail le mois dernier par rapport aux mois de juillet, août et septembre, et la plupart ont qualifié leur recherche d’« urgente ».

En effet, l’économiste principal Brendon Bernard a écrit que les « recherches d’emploi urgentes » sont généralement liées à des difficultés financières, suggérant que les résultats peuvent être un avertissement précoce de tension pour des ménages.

APPUI DES CONSERVATEURS ET DES BLOQUISTES?

Les libéraux estiment que ce nouveau plan de soutien pandémique coûterait 7,4 milliards de dollars (G$) et le gouvernement doit obtenir l’approbation du Parlement pour cette dépense budgétaire.

Les conservateurs et les bloquistes ont suggéré qu’ils pourraient appuyer le projet de loi. Les premiers parce que les prestations iront là où c’est le plus nécessaire, les seconds parce que ce plan pourrait soutenir les travailleurs du secteur culturel, durement frappés par la pandémie.

Le chef néo-démocrate a déclaré mardi que son parti ne pouvait pas appuyer un projet de loi qui réduirait le soutien aux travailleurs. Jagmeet Singh souhaitait que le gouvernement annule les baisses des prestations fondées sur le revenu pour les personnes âgées et les familles à faible revenu qui ont reçu des prestations l’année dernière. Cette aide a augmenté leurs revenus, mais fait baisser leurs prestations de vieillesse et d’allocations familiales.

Le porte-parole néo-démocrate en matière de finances, Daniel Blaikie, a écrit mercredi au président de la Chambre pour lui demander d’autoriser un débat d’urgence sur la question afin de faire pression sur le gouvernement pour un plan visant à aider « ces Canadiens financièrement vulnérables avant qu’ils ne perdent leur maison ».

Au cours de la période des questions, le premier ministre Trudeau a déclaré que les ministres se penchaient sur la question.