Scrutant à la loupe les pratiques des sociétés dans lesquelles ils investissent, les gestionnaires d’actifs ont plutôt tendance à garder le secret sur leurs propres habitudes en matière de diversité, de gouvernance et de respect de l’environnement.

C’est ce que révélait la semaine dernière le Financial Times, qui a demandé à 15 des plus importants gestionnaires d’actifs britanniques combien de femmes occupaient de hautes fonctions en leur sein. Six sociétés ont refusé de répondre, rapporte le Times.

« Pour une industrie qui mise sur la transparence pour gagner la confiance du public, ce manque d’ouverture est plutôt inquiétant », analyse l’agence Bloomberg dans un éditorial publié lundi.

Le problème est criant, poursuit l’agence financière, citant des données qu’elle collige elle-même.

L’indice de durabilité Bloomberg – qui analyse le respect des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) par les sociétés publiques – dénote un flagrant manque de transparence de la part de celles qui gèrent des actifs boursiers.

PARMI LES PIRES

Le score médian des gestionnaires de portefeuille relativement à la divulgation de leurs pratiques ESG est passablement pire que celui de grands secteurs industriels réputés comme des repères de vieux garçons.

L’indice ESG Bloomberg, qui s’échelonne de 0,1 (le pire de tous) à 100 (le meilleur), accorde ainsi une note de 15,4 aux gestionnaires de portefeuille. Les industriels de l’acier reçoivent 17 et les minières du charbon, 17,8.

« Les sociétés de gestion d’actifs inscrites en Bourse divulguent beaucoup moins d’information sur les critères ESG que les industries associées aux pires pratiques ESG », déplore Bloomberg.

PEU DE FEMMES

Les femmes demeurent encore un phénomène rare dans la gestion d’actifs. Le Wall Street Journal rapportait l’an dernier que sur 7410 gestionnaires de fonds américains, seulement 9 % étaient des femmes, lesquelles gèrent à peine 2 % de l’actif total des fonds communs. Le journal, citant une étude de Morningstar, observait en outre que les femmes en situation de contrôle dans l’industrie des fonds étaient surtout présentes comme cogestionnaires.

« Qu’il y ait peu de femmes ne justifie pas le manque de transparence », soutient Bloomberg, qui exhorte les porteurs de parts à poser des questions aux gestionnaires. Ces derniers se privent d’un bassin important de talents, fait valoir l’agence financière, selon qui « la première étape dans la résolution d’un problème, c’est de le reconnaître et d’en parler ».

PAS MIEUX AU CANADA

L’industrie canadienne des fonds communs n’échappe pas à cette tendance, si l’on en croit le dernier indice de gouvernance de Morningstar, publié en septembre 2014.

Dans cette étude, Morningstar relate que plus de la moitié des 27 sociétés canadiennes de fonds communs analysées ont reçu la cote C. Seules cinq firmes ont mérité la note A. Les gestionnaires ayant obtenu le meilleur score de gouvernance surpassent de loin leurs concurrents au score médiocre, selon Morningstar.

Rappelons que cette cote de gouvernance calcule l’importance qu’accorde une firme de fonds communs à agir au mieux des intérêts des investisseurs.

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