« Des dizaines » d’investisseurs qui auraient « perdu gros » accusent les promoteurs d’un projet minier de Mont-Laurier de leur avoir fait de fausses promesses et s’estiment victimes d’une arnaque, rapporte Le Journal de Montréal.

Interrogé par le quotidien, un Montréalais explique ainsi qu’en mars dernier il a placé 2 000 dollars dans la compagnie vancouvéroise Graphite Energy Corp (GRXXF), qui annonçait avoir un projet minier près de Mont-Laurier, dans les Laurentides. Or, il a presque immédiatement constaté que les actions qu’il venait d’acheter avaient dégringolé, ce qui lui aurait fait perdre près du trois quarts de son investissement. Même son de cloche du côté de deux investisseurs américains contactés par le bureau d’enquête du journal.

Ce dernier soutient que la valeur de GRXXF a chuté de 89 %, soit d’environ 40 millions de dollars, depuis le printemps. Toutefois, les données publiques ne permettent pas de connaître les montants exacts qu’ont perdus les investisseurs qui s’estiment floués ni combien ont succombé aux annonces alléchantes du promoteur du projet.

UN STRATAGÈME DE TYPE PUMP AND DUMP?

D’après des spécialistes consultés par le JdeM, cette affaire pourrait s’apparenter à un stratagème de pump and dump. Ce type de fraude consiste à susciter de l’’intérêt pour un titre dans le but d’’en faire artificiellement gonfler le prix. Les auteurs du stratagème liquident ensuite rapidement leur portefeuille pour cristalliser les gains enregistrés par le titre. Cette vente en bloc fait chuter la valeur du titre, et les investisseurs subissent d’importantes pertes.

Comme l’indique par exemple Ken Lester, les artisans d’une telle stratégie ont tendance à choisir des produits en vogue, tels le cannabis, les cryptomonnaies et les mines, trois secteurs qui ont aujourd’hui le vent en poupe au Québec.

« Il y a évidemment une part de vérité dans certaines de ces histoires. […] Mais quand les investisseurs se ruent sur la prochaine “grande innovation,” cela peut entraîner de la négligence, de la paresse et de l’illégalité dans certains cas », juge ce professeur en finance à l’Université McGill, également président d’une compagnie de gestion d’actif.

Si l’on en croit le Journal de Montréal, les personnes à l’origine de la chute des actions de GRXXF ont agi en utilisant des comptes anonymes, un procédé « qui empêche de voir combien ils étaient et quelles sommes ils ont amassées ». Interrogé par le quotidien, le journaliste financier Braden Maccke estime cependant qu’étant donné le volume d’actions en jeu, les gains sur ces transactions douteuses pourraient atteindre « environ 12,5 millions de dollars ».

UNE « USINE DE PRODUCTION » ABANDONNÉE

« Éthiquement discutable, la promotion d’actions n’est toutefois pas illégale quand les informations diffusées sont véridiques », souligne le JdeM. Pour en avoir le cœur net, celui-ci s’est penché sur certaines des affirmations contenues dans les arguments publicitaires de la firme. Et le résultat est sans appel. Ainsi, alors que Graphite Energy Corp présente sur son site web la compagnie Tesla comme un client potentiel, le fabricant de voitures électriques assure ne pas avoir de contacts avec elle.

De même, GRXXF laisse entendre dans ses annonces promotionnelles que son projet minier est déjà sur les rails, ce qui est faux si l’on se fie à un porte-parole du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles contacté par le journal. Enfin, l’annonce selon laquelle la compagnie aurait achevé la phase initiale de son projet, ce qui la positionnerait comme un « pionnier potentiel dans la production de graphite en Amérique du Nord » semble pour le moins prématurée, puisqu’une visite des lieux a montré que le bâtiment censé abriter la production de la firme est en réalité abandonné.

Interrogé par le quotidien, l’ex-patron de GRXXF se défend de toute infraction. S’il reconnaît avoir versé de l’argent pour certaines publicités qui se sont avérées fausses, il affirme que la faute en incombe à des sous-traitants qui ne l’en auraient pas informé. En attendant, note le JdeM, les investisseurs sont abandonnés à eux-mêmes, tandis que « les autorités financières refusent de dire si elles pourraient sévir » contre les agissements de la compagnie. « Tant l’Autorité des marchés financiers que la British Columbia Securities Commission ont affirmé qu’afin de maintenir l’intégrité du processus, ils n’étaient pas en mesure de confirmer qu’une enquête était ou non en cours », conclut le journal.

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