L’effet combiné de la hausse de l’espérance de vie et du déclin des régimes de retraite à prestations déterminées a rendu la planification de la retraite difficile et coûteuse pour les Canadiens. Pour leur simplifier la vie, pourquoi ne pas repousser la période de report des prestations publiques de retraite de l’âge de 70 ans à 75 ans?

C’est la thèse défendue par les auteurs Antoine Genest-Grégoire, Luc Godbout, René Beaudry et Bernard Morency dans une récente étude de l’Institut C.D. Howe. Permettre de reporter jusqu’à l’âge de 75 ans le début du versement des prestations du Régime de rentes du Québec, (RRQ), du Régime de pensions du Canada (RPC) et de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) rendrait la retraite plus abordable et moins incertaine pour les Canadiens, soutiennent les auteurs.

En effet, les retraités qui ne peuvent compter sur les prestations garanties d’un régime PD, et qui ont donc recours à des régimes d’accumulation de capital, comme les régimes de retraite à cotisation déterminée ou les REER, courent le risque de survivre à leur épargne. À l’inverse, ceux qui décèdent plus tôt que prévu auront probablement réduit inutilement leur niveau de vie en début de retraite.

« L’incertitude est un facteur inhérent [à] la planification de la retraite : la fluctuation des marchés financiers et la possibilité de survivre à nos épargnes amènent un risque [important] à gérer pour les retraités. Cette incertitude amène la plupart des retraités à faire preuve de prudence dans leurs habitudes de dépense, par peur de manquer de ressources s’ils vivent trop vieux, ou s’ils ont besoin de soins médicaux coûteux en fin de vie », peut-on lire dans le rapport.

DONNER PLUS DE SOUPLESSE

Selon les calculs réalisés par les auteurs du rapport, un Canadien qui a un salaire équivalent au maximum des gains admissibles (MGA), soit 55 900 $ en 2018, et qui prend sa retraite à l’âge de 65 ans bénéficierait d’un taux de remplacement du revenu de 60 % assuré par les régimes publics s’il pouvait repousser le versement des prestations à l’âge de 75 ans. C’est donc dire que sa sécurité financière après 75 ans serait complètement assurée par les régimes publics. Son épargne personnelle lui servirait donc à maintenir son niveau de vie entre 65 et 75 ans.

« Reporter la prise des prestations publiques de retraite donnerait plus de souplesse aux Canadiens à revenus moyens, voire élevés, dans la planification de leur retraite, dans la mesure où ils ont de l’épargne privée et qu’ils sont prêts à utiliser cette épargne plus rapidement. Les taux de bonification importants associés à ces reports ont aussi pour effet de faire baisser la quantité d’épargne nécessaire au moment de prendre sa retraite. Le report des prestations est donc à la fois un moyen efficace de réduire son besoin d’épargne et de diminuer les risques », indique l’étude.

À l’heure actuelle, les prestations du RRQ/RPC peuvent commencer n’importe quand entre 60 et 70 ans, et la PSV n’importe quand entre 65 et 70 ans. Les prestations du RRQ/RPC sont réduites lorsque demandées avant 65 ans, et toutes les prestations publiques sont bonifiées si demandées après 65 ans. Rappelons qu’il n’est pas nécessaire de cesser de travailler pour débuter le paiement de ces prestations.

« Allonger les périodes de report jusqu’à l’âge de 75 ans offrirait plus de flexibilité pour plusieurs Canadiens dans la planification de leur retraite, plaide Bernard Morency. Pendant que les améliorations plus larges aux RRQ et RPC prennent réellement effet dans les prochaines décennies, cette réforme serait une première étape importante. »