Le débat sur la pertinence de l’exposition des portefeuilles aux placements non traditionnels semble être clos. Qu’en ­est-il de leur adoption par les régimes de retraite à cotisation déterminée (CD)?

Les placements non traditionnels, souvent dits « alternatifs », ont su tirer leur épingle du jeu pendant les années qui ont suivi la crise de 2008, afin de se tailler une place dans les portefeuilles d’investissement. En effet, une récente étude de ­Willis ­Towers ­Watson sur les 100 plus importants gestionnaires de ces catégories d’actif à l’échelle mondiale a révélé une hausse de 10 % des actifs sous gestion l’année dernière pour atteindre près de 5 billions de dollars.

Les principaux régimes de retraite à prestations déterminées (PD) ont été parmi les pionniers de cette tendance, grâce notamment aux investissements en infrastructures et en immobilier, avec les résultats qu’on connaît. Qu’en ­est-il des promoteurs de régimes de retraite à cotisation déterminée (CD)? ­Force est de constater que le besoin de diversification du portefeuille n’est pas moindre dans un régime ­CD, mais le contexte est certes différent.

« ­On peut dire que l’offre de placements non traditionnels ne cesse d’augmenter et on voit que des stratégies présentes dans les régimes ­PD font leur bout de chemin jusqu’aux régimes ­CD », observe ­Robert ­Tellier, ­vice-président, ­Solutions assurance et retraite collectives, ­Région du ­Québec et de l’Est de l’Ontario à ­Manuvie. « ­Dans le cas d’une transition d’un régime ­PD vers le modèle à cotisation déterminée, il existe une volonté d’éviter de doubler le travail de recherche sur les placements. Pourquoi créer deux groupes de fonds quand un pourrait bien fonctionner? »

« ­Par rapport aux obligations, les catégories non traditionnelles offrent souvent plus de rendement en contrepartie d’une légère hausse du risque. Par rapport aux actions, il s’agit de rendements légèrement inférieurs pour moins de risque », observe ­Sophie ­Cournoyer, directrice, ­services-conseils en régimes de retraite chez ­Morneau ­Shepell. « ­Dans le portefeuille global, alors, on améliore le profil ­risque-rendement, c’­est-à-dire qu’on améliore le rendement sans pour autant augmenter le risque de façon importante. »

À LA CARTE OU TABLE D’HÔTE?

Dans le cas des placements dans un régime ­CD, toutes catégories confondues, il convient de faire une distinction entre le choix de fonds à la carte et les produits basés sur le profil de risque ou encore les fonds à date cible. Un rapport de la ­Financière ­Sun ­Life datant de 2016 a révélé que parmi près de 5 000 régimes de capitalisation, de 4 à 8 % des promoteurs offraient des fonds non traditionnels dans leur plateforme à la carte. « C’est un très faible pourcentage », observe ­Anne ­Meloche, chef du développement des affaires institutionnelles et des relations avec les clients à ­Placements mondiaux Sun ­Life.

Une approche plus optimale pour accroître l’exposition aux placements non traditionnels consisterait alors en une adhésion automatique au régime avec un investissement automatique à un fonds à date d’échéance, affirme ­Mme ­Meloche.

Dans le cas de ces fonds, la répartition en actifs non traditionnels varie énormément mais peut atteindre 25 %. « ­Au ­Canada, environ trois quarts des régimes de capitalisation proposent l’option d’un fonds à date d’échéance et un peu plus de la moitié des participants le choisissent lorsqu’offert, ­dit-elle. Dans l’ensemble, un participant sur cinq utilise ce type de fonds dans son portefeuille et a donc une exposition aux actifs non traditionnels. C’est une amélioration marquée par rapport à 5 % il y a cinq ans, mais cela demeure problématique. »

Alors que la ­Great-West offre les modèles à la carte et de fonds unique, ­Craig ­Christie, ­vice-président, solutions de placements institutionnels, affirme une préférence pour les fonds à date cible ou de profil de risque. « L’intérêt des promoteurs pour les actifs non traditionnels a été plutôt élevé, ­dit-il. Pour ceux qui n’ont pas le temps ou le désir de gérer leurs placements, la solution d’un fonds unique demeure une approche intéressante. »

NON TRADITIONNEL, QU’OSSA DONNE?

Actuellement, l’immobilier constitue de loin la principale catégorie d’actif non traditionnelle qu’on trouve dans les portefeuilles de régimes ­CD. C’est le cas, par exemple, dans les plateformes de la Great-West, qui offrent un fonds hypothécaire et un fonds immobilier investissant directement dans des propriétés partout au pays. « ­Nous avons acquis de l’expertise dans ce domaine, mais continuons d’examiner différentes options en réponse aux demandes des promoteurs », dit M. Christie.

D’autres plateformes offrent des fonds tels que les sociétés de placement immobilier. Plus rarement ­voit-on des catégories comme la dette privée ou les produits de base. « ­Certaines plateformes offrent des infrastructures, souvent indirectement par l’entremise de titres de sociétés présentes dans ce secteur », observe ­Sophie ­Cournoyer. ­Celle-ci fait toutefois un appel à la prudence pour ce qui est du choix des produits. « ­Quand c’est un investissement indirect, il faut s’assurer que le fonds tient une part importante de la catégorie souhaitée, ­dit-elle. C’est important de bien connaître les fonds qu’on propose à nos participants. »

Brad ­Hicks, directeur général pour le ­Canada à ­MFS, abonde dans le même sens. « ­Dans plusieurs cas, en ajoutant des actifs non traditionnels, on change le profil de risque et il se peut que cette action ne corresponde pas aux objectifs à long terme des participants et du régime, ­affirme-t-il. Comme pour bien des choses, moins nos choix sont traditionnels, plus il faut faire ses devoirs et avoir la diligence nécessaire. ­Est-ce que le promoteur est prêt et capable d’assumer une responsabilité fiduciaire accrue, par exemple? »

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