Récemment choisi par Donald Trump pour diriger la Réserve fédérale, Jerome Powell s’est voulu prudent devant les membres du Congrès mardi, évitant d’aborder des sujets trop sensibles, rapporte l’Agence France-Presse.

Lors d’une audience de confirmation devant la Commission bancaire du Sénat, l’ancien banquier âgé de 64 ans a annoncé que la hausse progressive des taux se poursuivrait mais a soigneusement esquivé les questions concernant la régulation financière ou les réductions d’impôts annoncées par le candidat Trump.

Déjà gouverneur à la Fed depuis 2012 et ex-responsable du Trésor américain sous la présidence de George Bush père, ce républicain modéré doit prendre son poste au mois de février, à la fin du mandat de Janet Yellen.

VERS UNE HAUSSE DES TAUX DE 0,25 % EN DÉCEMBRE

Sur le front monétaire, le futur patron de la banque centrale américaine a semblé suivre la trace de sa prédécesseure, souligne l’AFP, qui rappelle que son Comité monétaire se réunira le mois prochain et que les marchés s’attendent à une hausse des taux d’un quart de point, ce qui les placera entre 1,25 % et 1,5 %.

Interrogé par les élus du Congrès, Jerome Powell a indiqué que les taux directeurs allaient continuer d’augmenter et que les conditions économiques paraissaient « soutenir » l’idée d’un relèvement dès la prochaine réunion monétaire les 12 et 13 décembre. « Il est temps de normaliser » progressivement les taux d’intérêt, a-t-il déclaré. En ce qui concerne l’inflation, que la Fed souhaiterait faire évoluer autour de 2 % pour la santé de l’économie, il a simplement admis avoir été « surpris comme tout le monde » par sa faiblesse, mais a ajouté que la donne économique pouvait encore évoluer.

Pressé par plusieurs élus de donner son opinion par rapport à l’évolution de la réglementation financière que le président Trump veut réduire radicalement, Jerome Powell est resté très prudent, se bornant à déclarer que la Fed serait prête à l’« ajuster », en particulier dans le cas des petites banques.

LE « TOO BIG TO FAIL », C’EST FINI

Le futur gouverneur a par ailleurs réaffirmé que, selon lui, aucune banque n’était plus aujourd’hui « trop importante pour faire faillite » (too big to fail) grâce à la loi Dodd-Frank, qui a imposé des normes de capitaux, de liquidités et des tests de résistance. Il a néanmoins précisé qu’il entendait conserver ces outils de régulation pour les grandes institutions financières, tout en n’excluant pas que les tests qui leur sont imposés deviennent « périodiques » plutôt qu’annuels.

En revanche, le dirigeant a évité de se prononcer sur la récente et brutale tentative de reprise en main par la Maison-Blanche du Bureau de protection financière des consommateurs (voir l’encadré). Enfin, il a refusé de commenter la réforme des impôts actuellement discutée au Congrès, une refonte qui creusera le déficit et la dette des États-Unis d’au moins 1 500 milliards de dollars en quelques années. « On doit se soucier de la viabilité budgétaire à long terme », a-t-il simplement déclaré avant d’ajouter qu’il n’était « pas un expert » dans ce domaine et que la Fed n’avait pas à « prendre parti ».

Trump entame un bras de fer sur la régulation financière

Le Bureau de protection financière des consommateurs (Consumer Financial Protection Bureau, ou CFPB) est au centre d’une polémique juridique et institutionnelle entre républicains et démocrates après que la direction de cette agence eut été remplacée par Donald Trump, rapporte l’AFP.

« Les tensions se focalisent autour de cette instance chargée d’arbitrer et de contrôler les relations entre les banques et les consommateurs », explique l’agence, qui rappelle que depuis sa création après la crise financière de 2008-2009, elle n’a cessé de susciter l’ire des républicains, qui la jugent trop indépendante et trop critique envers les banques. C’est elle qui avait, par exemple, révélé le scandale des millions de faux comptes créés à l’insu de leurs clients par des employés de la Wells Fargo.

DEUX PATRONS POUR UNE SEULE AGENCE!

La semaine dernière, après la démission du directeur du CFPB, un démocrate, le président Trump lui a immédiatement trouvé un successeur par intérim en nommant Mick Mulvaney, son directeur du Budget, « un parlementaire ultraconservateur connu pour avoir vivement critiqué l’instance qu’il avait traitée de “mauvaise blague” », écrit l’AFP. Mais dans le même temps, le directeur sortant affirmait que, aux termes des statuts de l’agence, c’était à lui de nommer son successeur par intérim, ce qu’il avait fait en choisissant pour cela sa directrice adjointe… qui a demandé à un juge fédéral de bloquer la nomination du candidat de Donald Trump.

Deux patrons étaient donc en poste en début de semaine pour un seul CFPB « dans une saga qui risque de se dérouler maintenant devant la justice », observe l’agence de presse.

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