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Plus de neuf Québécois sur dix estiment qu’il est important de sensibiliser les jeunes à l’épargne dès l’adolescence ou, à défaut, à l’entrée sur le marché du travail, selon un nouveau sondage d’ÉducÉpargne.

Dans le cas des adolescents, une majorité de répondants juge que la responsabilité première de cette initiation incombe aux parents (65 %), suivi par le milieu scolaire (26 %). Pour ce qui concerne les jeunes travailleurs, les sondés pensent plutôt aux institutions financières (36 %) et aux employeurs (26 %).

Sans surprise, l’enquête d’opinion révèle aussi que les Québécois éprouvent un sentiment très majoritairement positif face à l’épargne (88 %). Pour eux, celle-ci représente en effet, par ordre d’importance : un moyen d’atteindre ses objectifs futurs (51 % des répondants), la paix d’esprit (27 %) et une plus grande liberté de choix (10 %). Seules 11 % des personnes interrogées voient dans le fait de devoir mettre de l’argent de côté quelque chose de négatif, estimant par exemple qu’il s’agit d’un « mal nécessaire », d’une « privation » ou d’une « dépense ».

UNE GRANDE SOIF D’INFORMATION

Le sondage se penche par ailleurs sur les différentes façons dont les Québécois parviennent à dégager des fonds pour épargner. Concrètement, une courte majorité d’entre eux (52 %) indiquent qu’ils essaient de contrôler leurs achats en se demandant s’ils en ont vraiment besoin. D’autres expliquent qu’ils paient leurs dettes le plus rapidement possible afin d’éviter de payer trop d’intérêt (43 %), tandis qu’environ un tiers disent économiser le plus possible sur leurs achats (29 %).

Les raisons principales qui les incitent à mettre de l’argent de côté sont, dans l’ordre : préparer leur retraite (52 %); anticiper une possible situation difficile, comme une perte d’emploi, une maladie ou une dépense imprévue (47 %) ; voyager (35 %) et enfin acheter une maison ou faire des rénovations (27 %). Toutefois, l’enquête montre également que plus de la moitié (54 %) des Québécois reconnaissent ne pas épargner assez pour être en mesure d’atteindre ces objectifs.

« Ces résultats révèlent que les Québécois ont une grande soif d’information sur l’épargne et que plusieurs répondants auraient aimé en avoir plus étant jeunes. Cela démontre bien qu’il n’est jamais trop tôt pour être sensibilisé à l’importance de l’épargne. Milieu scolaire, gouvernements, employeurs, institutions financières, et même les parents, nous avons tous un rôle à jouer pour augmenter les connaissances des jeunes en matière de finance et d’épargne. Ainsi, un nombre toujours plus élevé de personnes seront en mesure de prendre leur destinée financière en main, car l’épargne est la clé universelle pour y parvenir », commente Nathalie Bachand, Pl. Fin. et présidente du conseil d’ÉducÉpargne, dans un communiqué.

« Globalement, nous sommes très heureux de constater que l’épargne évoque des sentiments positifs auprès des Québécois. Nous sommes d’ailleurs convaincus que les notions financières doivent être présentées de façon simple, accessible et adaptée à la situation de vie de chacun. Que ce soit pour planifier un projet qui nous est cher ou faire face à une situation imprévue ou exceptionnelle, telle la pandémie que nous vivons actuellement », ajoute la dirigeante.

Une campagne qui cible les jeunes

ÉducÉpargne (ex-Question Retraite) et ses partenaires « comptent occuper une place de plus en plus importante pour soutenir le développement de la culture de l’épargne auprès de la collectivité québécoise », et notamment des jeunes générations, explique Nathalie Bachand. Pour y parvenir, l’organisme à but non lucratif vient de lancer une campagne en leur direction dans le cadre du Mois de l’épargne.

Intitulée « On t’apprendra pas ça », celle-ci s’adresse aux étudiants et travailleurs âgés de 18 à 35 ans par le biais de capsules conçues sur un mode humoristique et familier. Son objectif? « Développer une culture de l’épargne auprès de ces jeunes en utilisant l’aspect relationnel de l’épargne. En effet, à l’instar du port du couvre-visage en ce temps de pandémie, nous les interpellons sur l’importance d’épargner pour eux-mêmes, mais également pour le mieux-être de leurs proches », détaille Louis-Alexandre Lacoste, directeur général d’ÉducÉpargne. Lancée le 1er octobre et active jusqu’à la fin du mois, cette opération se déroule dans les médias sociaux (principalement Instagram et Facebook), Google et Urbania.

ÉDUQUER, ÉDUQUER, ÉDUQUER

Interrogée par Conseiller, la patronne d’ÉducÉpargne souligne que le message qu’il est très important de commencer à mettre de l’argent de côté le plus tôt possible doit être « 1 000 fois répété » auprès des jeunes et de leurs parents pour faire évoluer leurs comportements.

« Pour les adolescents, tout commence par de l’information. Le gouvernement a récemment remis en place les cours d’éducation financière à l’école, ce qui est déjà un bon pas en avant. À ce niveau-là, tout ce qu’on peut faire pour les jeunes, c’est leur donner de la formation pour qu’ils aient ensuite la capacité de se prendre en charge sur le plan financier afin de devenir autonomes. Quant aux parents, ils ont bien sûr aussi une certaine responsabilité, mais seulement dans la mesure où ils ont les moyens de le faire, ce qui n’est pas toujours le cas. Donc ça ne peut pas être juste eux qui forment les enfants. C’est une responsabilité qui incombe à l’ensemble de la société. »

Selon Nathalie Bachand, une partie de la solution à ce problème passe par la fourniture aux parents d’outils pédagogiques, « c’est-à-dire une information de base qui leur permettra de connaître la matière et d’être ainsi mieux en mesure d’aider ensuite leurs enfants ». En effet, poursuit-elle, si l’on parvient à mieux éduquer les jeunes dans ce domaine, ce sera déjà un grand progrès.

« Nous constatons qu’il y a actuellement une forte proportion de gens qui ne s’occupent pas de leurs finances personnelles tout simplement parce qu’ils ne savent pas par quel bout prendre cette question. Si on les informe, qu’on leur permet d’acquérir un minimum de connaissances, il sera plus facile pour eux de s’y mettre. Autrement, il est vraiment difficile de s’attaquer à un problème quand on a l’impression de n’avoir aucun contrôle. »

Dans ce contexte, les professionnels en services financiers peuvent jouer un rôle « très important », estime Nathalie Bachand. En effet, si un client ayant un enfant a confiance en son conseiller, il sera enclin à lui demander des conseils, voire à lui suggérer de parler au jeune. « Bien sûr, pour un conseiller, le fait de discuter avec un adolescent ou d’aider son parent à lui expliquer les choses représente un investissement en termes de temps qui n’est pas rémunérateur à court terme. Mais je pense que c’est une démarche qui en vaut la peine, et aussi un investissement à plus long terme pour éduquer la prochaine génération », conclut la dirigeante.

Le sondage a été réalisé en ligne par Léger entre le 4 et le 11 août auprès d’un échantillon probabiliste de 1 000 Québécois âgés de 18 ans et plus. Sa marge d’erreur est de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.