Le premier ministre Justin Trudeau a fermé la porte lundi à une déclaration de revenus unique administrée par le Québec, faisant fi du consensus à l’Assemblée nationale.

« Il y a eu unanimité à l’Assemblée nationale? Mon Dieu, ça n’arrive jamais, ça! » a ironisé le premier ministre avant de s’engouffrer dans la Chambre des communes pour assister à la période des questions.

M. Trudeau explique qu’il ne voit pas la nécessité d’une déclaration de revenus unique administrée par le Québec, que son gouvernement n’en fait pas une priorité et que les Québécois réussissent « très bien à l’intérieur du Canada » en suivant « en grande partie les mêmes règles que le reste du pays ».

« De laisser une partie de la responsabilité fédérale à une province, ce n’est pas une décision à prendre à la légère, affirme M. Trudeau. Le Québec a déjà beaucoup de contrôle sur l’immigration, sur la langue, sur la culture et je trouve que ce n’est pas une étape qui est nécessaire à ce point-ci. »

L’Assemblée nationale a adopté une motion unanime il y a deux semaines pour réclamer que le Québec perçoive l’impôt fédéral, afin d’en arriver à une déclaration de revenus unique. Le gouvernement Couillard devait présenter une demande officielle à Ottawa.

« C’est au gouvernement fédéral de décider s’il veut être notre interlocuteur ou pas, réagit le premier ministre québécois, Philippe Couillard. S’il ne veut pas, c’est sa décision, mais on va continuer à proposer aux Québécois cette idée de simplifier leur vie sans perdre notre autonomie fiscale. »

LES CONSERVATEURS FAVORABLES

Cette motion a été adoptée à la suite d’une proposition soumise lors du conseil général du Parti conservateur d’Andrew Scheer quelques jours plus tôt. Il souhaite, s’il forme le prochain gouvernement en 2019, entamer des négociations avec le Québec pour en arriver à la formule d’une déclaration de revenus unique.

Le député conservateur Gérard Deltell dénonce « l’arrogance libérale » dont a fait preuve, selon lui, le premier ministre. « M. Trudeau manque de respect envers les Québécois quand il agit comme ça », dit-il.

« Ne pas prendre ça à la légère, ça ne veut pas dire fermer la porte et mépriser l’Assemblée nationale », s’exclame plutôt le député néo-démocrate Alexandre Boulerice. Le Nouveau Parti démocratique a également adopté une résolution semblable lors de son congrès en février.

Le Bloc québécois s’est empressé de réclamer des excuses du premier ministre. « Se moquer, ne serait-ce que d’une façon légère, d’une volonté de l’ensemble des Québécois, ça n’a pas lieu d’être et je pense que M. Trudeau devrait s’excuser », affirme la députée bloquiste Marilène Gill.

Québec debout, formé de sept ex-bloquistes, y voit plutôt le signe de l’attitude désobligeante d’Ottawa. « Nous, au Québec, on sent que ce premier ministre-là et ce gouvernement-là ne nous écoute pas et ne présente aucune attention, aucun respect pour les demandes de Québec », souligne le député Rhéal Fortin.

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