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Avec l’évolution de la technologie, l’intelligence artificielle (IA) se retrouve désormais à toutes les étapes du conseil financier. Non seulement intervient-elle dans la sélection des produits, mais également dans la manière dont les conseillers interagissent avec leurs clients. De ce fait, on peut se demander qui est tenu responsable des recommandations d’un algorithme.

« J’attends le jour où il y aura une sorte d’action en justice et quelqu’un dira : « L’algorithme m’a permis de le faire! » », a déclaré James Leong, conseiller juridique principal à la BC Securities Commission, lors d’un panel sur l’IA et la fintech au symposium d’Advocis à Toronto, rapporte Advisor.ca.

Lors de ce panel, les intervenants se sont interrogés sur les questions auxquelles les conseillers et les régulateurs pourraient bientôt être confrontés.

Ainsi, la réglementation actuellement en vigueur exige que les individus et leurs entreprises soient enregistrés auprès des régulateurs. Mais James Leong se demande comment on procédera lorsqu’il existera « un algorithme doté d’un processus décisionnel transparent, rigoureusement testé, et dont la qualité des recommandations soit conforme à celle d’un représentant qualifié ».

Wendy Rudd, vice-présidente principale de la réglementation des membres et des initiatives stratégiques pour l’OCRCVM, a déclaré à Avisor’s Edge plus tôt cette année que s’il y avait un problème de conseil en ligne qui n’avait pas été causé par un client, « nous nous tournerions vers le cabinet, car il a créé l’algorithme. Le client ne serait pas sans recours ».

DES PISTES DE SOLUTIONS

Mais si les algorithmes peuvent apporter de nouvelles difficultés, ils peuvent aussi apporter des solutions, notamment au sujet de l’adéquation des produits, estime James Leong. Ainsi, les conseillers craignent de ne pas pouvoir naviguer dans tout l’univers des produits pour en trouver un qui convient. Les algorithmes pourraient leur permettre de réaliser ces recherches et peut-être même d’identifier certains produits par des biais qui ne sont pas pris en compte dans le processus décisionnel du conseiller.

Un autre avantage potentiel serait d’éliminer certains types de conflits d’intérêts en supprimant les produits qui rapportent le plus d’argent aux conseillers. Cependant, les algorithmes ne sont pas parfaits, car ils peuvent aussi avoir des biais. Notamment lorsqu’un conseiller fait appel à un gestionnaire de portefeuille enregistré qui fournit une plateforme proposant des recommandations. « Vous devez prendre du recul et considérer qui fournit quoi dans ce contexte », prévient James Leong.

LA DISPARITION DES CONSEILLERS

Quant à la question de la disparition des conseillers au profit d’une industrie entièrement automatisée, les experts ne jugent pas cela possible.

Chadi Habib, vice-président directeur des technologies de l’information au sein du Mouvement Desjardins, ne pense pas que plus d’outils en ligne signifierait forcément la fin des conseils en personne. D’ailleurs, 94 % des interactions avec les clients de Desjardins n’impliquent déjà aucun humain, pourtant il y a encore des conseillers.

« Nous ne croyons pas en un conseil 100 % virtuel ou automatisé », a-t-il déclaré. Selon lui, les clients recherchent d’ailleurs cette interaction, même ceux qui sont à l’aise avec les technologies.