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Devenir un décideur de la finance durable plutôt que de suivre la parade. Voici le mandat que le gouvernement du Canada veut se donner. Pour y parvenir, son Groupe d’experts sur la finance durable a émis vendredi 15 recommandations qui pourraient changer la face des marchés.

« La finance ne résoudra pas le problème des changements climatiques, mais celle-ci a un rôle essentiel à jouer pour soutenir l’économie réelle tout au long de la transition énergétique », peut-on lire dans son rapport.

Si ce problème constitue un risque pour les entreprises et investisseurs, il peut aussi devenir source d’occasions. C’est pourquoi le Groupe d’experts recommande l’adoption de politiques ciblées pour aider sociétés et épargnants à les saisir. Parmi elles, l’offre d’incitatifs aux Canadiens qui affectent leur épargne à des investissements respectueux du climat.

Pour que les secteurs public et privé puissent investir dans les éléments essentiels à l’expansion de la finance durable, ils doivent pouvoir les identifier adéquatement. Le Groupe d’experts propose ainsi la création d’un centre canadien d’information et d’analyse climatiques, la clarification de la portée de l’obligation fiduciaire dans le cadre des changements climatiques et l’intégration des risques liés au climat à la réglementation du système financier.

Finalement, le comité suggère de se pencher sur les structures de marché et les produits financiers eux-mêmes. Il recommande notamment :

  • D’assurer l’expansion du marché canadien des outils de placement verts à taux fixe et d’instaurer une norme générale appuyant le financement axé sur la transition;
  • De promouvoir l’investissement durable en tant qu’investissement « normal » auprès de l’industrie financière;
  • De soutenir certains secteurs d’activité, notamment celui du pétrole et du gaz dans sa transition énergétique et celui de la rénovation d’immeubles privés;
  • D’inciter les investisseurs institutionnels canadiens à financer le réseau électrique du pays.

Le dépôt du rapport survient un mois après que la Banque du Canada eut établi les changements climatiques comme une source de risque menaçant le système financier, rappelle Le Devoir.

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Les propositions du rapport ont été reçues positivement par différents acteurs de l’industrie financière, notamment l’Association pour l’investissement responsable (AIR), qui regroupe des professionnels et entreprises des services financiers représentant plus de 12 billions de dollars en actif sous gestion.

« Les investisseurs prudents gardent toujours en tête les bouleversements importants pouvant survenir sur le marché et les changements climatiques en sont aujourd’hui l’une des principales causes », indique dans un communiqué Dustyn Lanz, PDG de l’AIR.

« Les investisseurs ont besoin d’information fiable et d’une structure de politiques claire pour mieux comprendre comment les changements climatiques et autres transformations sociétales ont des répercussions sur leurs portefeuilles. Ils ont également besoin d’évoluer dans un système financier stable. Le rapport marque un pas en avant important sur tous ces fronts. »

Plusieurs investisseurs institutionnels membres de l’AIR ont également applaudi le contenu de l’étude du Groupe d’experts, notamment Co-operators, Addenda Capital, NEI Investments, RBC, AGF Management et Desjardins.

« Il n’y a jamais eu autant de preuves que le développement durable puisse créer de la valeur à long terme pour les actionnaires tout en contribuant à l’établissement d’un meilleur environnement, de communautés plus en santé et de bonnes pratiques de gouvernance », lance Kevin McCreadie, PDG d’AGF Management, dans un communiqué.

CPA Canada et le Bureau d’assurance du Canada ont également fait connaître leur appui aux recommandations du comité.