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Les gains ne seront « pas aussi faciles » cette année sur les marchés d’actions, dit Paul Roukis, gestionnaire de portefeuille pour les stratégies de valeur à forte capitalisation chez Rothschild Asset Management, à New York.

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« Après une appréciation des marchés d’environ 30 % en 2019, ont-ils encore de la marge pour garder le rythme ? Les actions s’échangent actuellement autour de 18 fois leurs bénéfices : c’est un peu plus que l’an dernier, c’est au-dessus de la médiane historique, et c’est assurément dans la partie élevée de leur fourchette d’évaluation. Ce n’est pas non plus extraordinaire étant donné la faible inflation et l’attrait des actions comparativement à d’autres catégories, comme les obligations. Et la plupart des banques centrales se montrent accommodantes dans leurs politiques monétaires », observe Paul Roukis.

Malgré tout, l’expert croit que 2020 sera moins favorable que 2019 pour les marchés boursiers. Son raisonnement : la hausse était alimentée par une expansion des multiples, ce qui était inhabituel dans un contexte où les profits des sociétés ont stagné. Même les centaines de milliards injectés dans des rachats de titres n’ont généré qu’environ 2 % de croissance des bénéfices par action.

« On peut s’attendre à un ralentissement des profits d’exploitation cette année, en premier lieu ceux des secteurs cycliques comme les matériaux de base, l’énergie et l’industrie. Les prévisions de croissance des profits s’élèvent à 9 %, soutenues par des hausses de vente, des actions de gestion du capital incluant des rachats de titres, et un léger accroissement des marges », dit Paul Roukis.

« Neuf pour cent n’est pas faible, surtout quand on considère les nuages qui vont peser sur les marchés cette année. La clé des profits sera la capacité des entreprises de type cyclique à rebondir au niveau attendu par les investisseurs. Il y a encore de l’optimisme autour du virage accommodant de la Fed l’an dernier, et d’autres banques centrales lui ont emboîté le pas, ce qui laisse espérer une reprise économique coordonnée au niveau mondial », poursuit-il.

Paul Roukis prend pour exemple deux titres américains dans les domaines de la défense et de l’immobilier.

Le premier est Northrop Grumman, l’un des plus gros joueurs dans la défense américaine avec une capitalisation d’environ 60 milliards.

« Ce n’est pas sa taille qui fait son attrait, mais sa position avantageuse face aux programmes de modernisation entrepris par le gouvernement, comme ceux des chasseurs F-35, des bombardiers à longue portée B-21, et du système de dissuasion stratégique au sol. Les deux derniers pourraient représenter plus de 100 milliards de dollars en contrats sur plusieurs années en présumant que Northrop les remporte. Il y a toujours un risque associé au budget de la défense, surtout avec le déficit actuel, et sa croissance pourrait être à un seul chiffre. Mais l’incident en Iran nous a rappelé que le monde demeure instable et que la paix mondiale n’est pas pour bientôt. Northrop apporte à notre portefeuille une bonne couverture à cette incertitude géopolitique. Il s’échange à un ratio cours-bénéfice actuellement inférieur à la moyenne du S&P 500, et les titres de défense performent généralement bien durant les années électorales », explique Paul Roukis.

Il se montre moins enthousiaste envers son deuxième cas, Alexandria Real Estate, dont la capitalisation est d’environ 20 milliards et qui gère des propriétés dans les principales zones de recherche et de services médicaux aux États-Unis.

« C’est une très bonne société, mais pas un bon titre car il est surévalué. L’entreprise a beaucoup de projets, et les tendances de l’emploi indiquent que les villes américaines vont se départager entre les nanties et les démunies selon les niveaux d’éducation. Alexandria s’adresse à la nouvelle économie, et elle a eu le vent en poupe ces dernières années alors que les capitaux se déplaçaient dans ces zones urbaines, mais ses mesures comparables risquent de s’affaiblir à l’avenir. Les nombreux projets de l’entreprise en font son attrait, mais aussi son risque si les conditions du marché venaient à se détériorer. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.