Couple de retraités surpris.
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Près de trois Québécois actifs sur quatre (73 %) ignorent s’ils planifieront ou pas l’utilisation de leur épargne avant la retraite, selon un récent sondage d’ÉducÉpargne.

Plus précisément, 43 % des répondants affirment ne pas avoir encore pris de décision à ce sujet, tandis que 30 % indiquent qu’ils commenceront à planifier le financement de leurs vieux jours… le jour où ils cesseront de travailler.

Dans le même ordre d’idée, 7 % prévoient de commencer à mettre de l’argent de côté un an auparavant et 9 % cinq ans avant. Seuls 3 % disent qu’ils se constitueront un coussin financier au moins dix ans avant de quitter le marché du travail. Cerise sur le gâteau, 13 % des sondés considèrent ne pas avoir besoin de planifier quoi que ce soit. Dans la même enquête, les mêmes personnes reconnaissent pourtant qu’il est « important » d’avoir suffisamment d’épargne pour être en mesure de mener « une vie stimulante et confortable » une fois retraitées.

Interrogés sur ce qu’ils comptent faire de leur épargne à la retraite, les sondés se partagent en trois grands groupes. Près d’un sur trois (29 %) répondent qu’ils se paieront un peu de luxe, tandis que 24 % prévoient vivre avec leur épargne le plus longtemps possible afin de retarder la demande de rentes gouvernementales et qu’une proportion identique (23 %) ne pensent pas toucher du tout à leurs économies afin de les faire fructifier. Par ailleurs, à peine quatre répondants sur 10 (39 %) croient qu’il serait avantageux pour eux de retarder leurs demandes de rentes le plus tard possible, alors que 36 % pensent le contraire.

« SAVOIR COMMENT DÉCAISSER N’EST PAS SIMPLE »

« Ces résultats montrent que les Québécois ont besoin d’améliorer leur niveau de connaissance et d’aller chercher les conseils adéquats afin de bien planifier l’utilisation de leur épargne à la retraite. On parle ici de dizaines, voire même de centaines de milliers de dollars qui sont en jeu. Pour s’assurer d’avoir un avenir financier à la hauteur de leurs ambitions, plus de gens auraient intérêt à mieux s’informer et à éviter d’attendre la dernière minute pour agir. Ainsi, ils seraient mieux outillés pour prendre les meilleures décisions possibles pour leurs finances personnelles, mais aussi pour leur vie en général », commente Nathalie Bachand dans un communiqué.

« Envisager d’utiliser l’épargne personnelle afin de repousser ses demandes de rentes gouvernementales peut être une très bonne stratégie, puisque celles-ci seront bonifiées chaque année, ajoute la Pl. Fin. et présidente du conseil d’ÉducÉpargne. Bien sûr, chaque cas est différent, mais cela pourrait garantir un revenu indexé pour toute la vie à la retraite, et ceci, dans un contexte où de moins en moins de gens bénéficieront d’un régime de retraite à prestations déterminées. »

Questionnée par Conseiller, la dirigeante se dit « assez peu surprise » par les résultats du sondage. « Une grande partie des Québécois n’ont rien planifié et attendent la dernière minute pour réagir. Je pense donc que nous devons continuer à les aider à changer d’attitude et à les inciter à s’y prendre plus à l’avance. Plus généralement, nous devons aider les gens à mieux structurer la façon dont ils utilisent leur épargne une fois à la retraite. Beaucoup de Québécois semblent en effet ne pas savoir le faire correctement, en particulier en ce qui concerne la phase de décaissement, qui n’est pas simple. »

COMPLEXE, L’UNIVERS DE LA FINANCE?

Selon Nathalie Bachand, la question se pose tout particulièrement à partir du jour où les Québécois quittent le marché du travail. Le problème? « Ils se retrouvent avec plusieurs types d’outils de placement, comme des régimes enregistrés d’épargne-retraite, des comptes de retraite immobilisé ou des comptes d’épargne libre d’impôt, et ils n’ont pas forcément les connaissances nécessaires pour savoir lesquels utiliser en premier, spécialement dans le cas des rentes gouvernementales. Nombre d’entre eux ignorent par exemple qu’il peut être intéressant de les reporter afin de bénéficier éventuellement d’un revenu indexé pour le restant de leurs jours. Pour les informer, les conseillers et ÉducÉpargne peuvent être très utiles, notamment en lançant des messages pour leur expliquer comment procéder, parce que ce n’est pas simple. »

À la question de savoir pourquoi les Québécois semblent si mal préparés et si peu concernés par le financement de leur retraite, la patronne d’ÉducÉpargne voit plusieurs raisons. « D’abord, l’univers de la finance est aujourd’hui complexe et beaucoup de gens n’en connaissent pas les règles parce qu’on ne les leur a pas enseignées quand ils étaient plus jeunes. Il est également évident que lorsqu’une personne a le sentiment qu’elle n’arrivera pas à gérer ses affaires de façon adéquate, elle peut avoir tendance à procrastiner et à baisser les bras, car les choses lui paraissent trop compliquées. »

Conclusion de Nathalie Bachand : « Avoir les conseils d’un professionnel en services financiers aide beaucoup, parce que celui-ci permet de mieux comprendre certaines choses. Les seuls concepts fiscaux-financiers sont déjà complexes en eux-mêmes, sans parler des produits. Au bout du compte, c’est le conseiller qui expliquera l’intérêt ou le risque de tel ou tel produit qu’il suggère à son client. Mais en amont, il est important d’expliquer aux consommateurs de quelle manière structurer et utiliser leur épargne, ce qui est également une affaire complexe. Cela dit, ils peuvent aussi commencer par se documenter et s’informer par eux-mêmes pour prendre le taureau par les cornes et faire un premier pas vers une meilleure gestion de leurs finances personnelles. »

Le sondage a été réalisé par Léger entre le 4 et le 11 août auprès d’un échantillon de 1 000 Québécois âgés de 18 ans et plus. Sa marge d’erreur est de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.