Les femmes ne seraient pas seulement moins bien payées que les hommes dans l’industrie du conseil financier, elles seraient aussi sanctionnées plus sévèrement en cas d’inconduite.

Dans un article publié sur le site du National Bureau of Economic Research, trois chercheurs universitaires démontrent qu’aux États-Unis, une conseillère a 20 % plus de risques qu’un homme de perdre son emploi après avoir commis une faute. Elle a aussi 30 % moins de chances de se trouver un nouvel emploi dans l’industrie. Pourtant, leurs fautes sont en moyenne 20 % moins coûteuses que celles d’un homme et elles sont deux fois moins susceptibles de récidiver.

Dans le cadre de leur article, brillamment intitulé When Harry fired Sally: The double standard in punishing misconduct, les chercheurs ont étudié la trajectoire des carrières de pas moins de 1,2 million d’hommes et de femmes dans l’industrie américaine du conseil financier, de 2005 à 2015. Ils ont particulièrement porté attention à l’évolution de ces carrières à la suite d’une erreur, d’une faute ou d’une inconduite.

LES FEMMES PLUS SÉVÈREMENT PUNIES

Chez nos voisins du sud, l’autorité de réglementation de l’industrie financière (FINRA) exige que les conseillers financiers inscrits dévoilent tous leurs conflits avec des clients. Environ un conseiller sur treize a au moins commis une faute dans le passé. On entend par là toute mésentente qui a résulté en un dédommagement financier, des mesures disciplinaires par la firme, une sanction du régulateur ou une condamnation au criminel. Une proportion aussi élevée montre bien l’importance de la question des conséquences de telles fautes sur la carrière des conseillers.

Les données compilées par les chercheurs démontrent que dans une année typique, lorsqu’il n’y a pas d’inconduite ou de faute en cause, environ 10 % des hommes et 9 % des femmes quittent leur firme pour une autre, alors que 9 % des femmes et 10 % des hommes quittent l’industrie. Les autres 81 % restent à l’emploi de la même firme.

Suivant une faute ou une inconduite, 54 % des hommes demeurent à l’emploi de la même firme, contre 45 % des femmes. Vingt-deux pourcent des hommes parviennent à trouver un emploi dans une autre firme, alors que 24 % quittent l’industrie. Chez les femmes, seulement 18 % trouvent un autre emploi dans l’industrie et 37 %, soit plus d’une sur trois, doit la quitter.

En d’autres termes, les trois quarts des hommes conservent un emploi dans l’industrie après une faute, contre environ six femmes sur dix (63 %).

WHITE BOY’S CLUB

Pourquoi un tel écart entre les hommes et les femmes? D’abord en raison du plus grand nombre d’hommes dans des postes de direction, estime les trois chercheurs. Ce sont très souvent des hommes qui décident des sanctions contre les conseillers et conseillères et qui procèdent aux embauches.

Dans les firmes où aucune femme n’est présente dans les postes de direction ou chez les propriétaires, les conseillère sont 42 % plus susceptibles de devoir quitter leur firme, voire l’industrie, que leurs collègues masculins après une faute. À l’inverse, dans les firmes où il y a une parité entre les genres, il y a aussi une parité dans le traitement des inconduites. Aux États-Unis, rappellent les auteurs, six poursuites judiciaires en discrimination sur dix provient de licenciement dénoncé comme discriminatoire.

Par ailleurs, les conseillers masculins de minorités ethniques (afro-américains et hispano-américains) sont eux aussi plus susceptibles d’être punis plus sévèrement en cas d’inconduite. Encore ici, cela dépend de la composition de la direction. L’écart est ainsi moins prononcé dans les firmes où la diversité est plus marquée dans les postes de direction.

La disparité du traitement des sanctions proviendrait donc d’un biais dans lequel les dirigeants tendent à favoriser ceux qui leur ressemblent. Un tel biais pourrait contribuer à maintenir le plafond de verre pour les femmes dans l’industrie financière.