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L’ancien directeur adjoint de la Banque du Canada a récemment émis une série de recommandations pour mieux encadrer l’innovation financière, dans un rapport publié par l’Institut C.D. Howe.

David Longworth reconnaît que les innovations comme l’intelligence artificielle (IA) et la banque ouverte (qui permet par exemple à des développeurs tiers de créer des applications autour des institutions financières) peuvent apporter des bénéfices aux consommateurs et aux services financiers. Cependant, prévient-il, ils comportent aussi des risques pour la stabilité financière.

Il rappelle qu’il existe de nombreux exemples dans l’histoire où des innovations financières, une croissance rapide dans l’obtention de crédit et une dépendance plus grande envers le financement à court terme ont mené à de l’instabilité financière et à des crises. Après tout, souligne-t-il « toutes les crises sont différentes, toutes les crises sont pareilles ». 

L’exemple le plus récent est celle de 2008-2009, causée en grande partie par des innovations du côté des produits financiers, comme les fameux papiers commerciaux adossés à des actifs et les titres garantis par des créances hypothécaires. Il est donc crucial pour les organismes de réglementation de bien surveiller ce qui se passe et de prendre les mesures appropriées.

SUPERVISER L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Le rapport recommande par exemple que l’utilisation d’une IA explicable (XAI) soit requise dans les services financiers. L’IA est déjà utilisée de plus en plus pour prendre des décisions d’octroi de crédit à la fois dans des entreprises réglementées et non réglementées. Or, le fonctionnement de certains types d’IA fait en sorte que les humains n’arrivent pas toujours à comprendre et à expliquer pourquoi le logiciel a pris telle ou telle décision. David Longworth croit que des humains devraient toujours être en mesure de superviser le processus de décision des IA. Dans le cas contraire, des décisions de crédit non sécuritaires pourraient être prises.

Le rapport alerte aussi les décideurs quant aux risques posés par des applications développées par des tiers, comme les application permettant de transférer rapidement des sommes d’argent. Celles-ci pourraient augmenter le risque d’un retrait massif des dépôts (bank run) dans le cas où une banque ferait, par exemple, une erreur dans l’affichage de ses taux d’intérêt ou que les applications interprèteraient certaines informations de manière erronée.

COLLIGER DES DONNÉES

Présentement, rappelle l’auteur, les organismes de réglementation macroprudentielle ne disposent que de peu de données sur les intermédiaires financiers non bancaires (NBFI) ou les banques non traditionnelles.

Il est d’avis que ces organismes devraient exiger des données trimestrielles sur les prêts et les financements à court terme pour chaque type de prêteur, qu’ils soient normalement soumis ou non à la réglementation prudentielle. Une attention toute particulière devrait être accordée, toujours selon lui, aux prêts octroyés par les géants des technologies tels Google et Amazon, surtout en ce qui concerne les sommes prêtées à des PME, de même qu’aux prêts en ligne de particulier à particulier (P2P) ou d’entreprise à entreprise.

M. Longworth propose même d’étendre les tests de résistance pour scruter les emprunts des NBFI qui ne sont normalement pas soumis aux règles prudentielles que doivent observer les banques. 

Avec la collaboration de La Presse Canadienne