Le marché des obligations catastrophes, après environ vingt ans d’existence, vaut plus de 26 milliards de dollars américains (32,6 G $CA) et continue d’offrir des rendements intéressants, rapporte le quotidien économique français Les Echos.

Lorsqu’il frappe la Louisiane et la Floride en août 1992, l’ouragan Andrew cause pour plus de 45 milliards de dollars américains (56 G $CA), ce qui en fait le plus coûteux de l’histoire américaine. Deux ans plus tard, un tremblement de terre de magnitude 7,6 sur l’échelle de Richter frappe près de Los Angeles, tuant 72 personnes et faisant environ 9 000 blessés. Ses dégâts sont évalués à environ 20 milliards de dollars américains (25 G $CA), ce qui en fait l’une des catastrophes naturelles les plus coûteuses de l’histoire des États-Unis.

RÉPLIQUE SISMIQUE INATTENDUE

Ces deux événements tragiques ont aussi eu un impact inattendu en menant à l’apparition d’un nouveau produit financier : l’obligation catastrophe, ou cat bond. Les dégâts de ces deux catastrophes avaient été si élevés que certains réassureurs n’avaient pu tenir le choc et avaient fait défaut. L’industrie a alors eu l’idée de se tourner vers les investisseurs, en créant un instrument qui offre des rendements attractifs, tout en permettant la couverture des assureurs en cas de séismes ou d’ouragans graves.

UN LUCRATIF MARCHÉ

Après près de 20 ans d’existence, le marché vaut 32,6 milliards de dollars et les émissions annuelles de titres tournent autour du 6 à 9 milliards de dollars américains (7,5 à 11,2 G $CA), selon François Divet, responsable de l’équipe ISL à AXA IM. Selon lui, ce marché pourrait être amené à croître encore. En effet, une récente étude de Munich Ré estime qu’entre un et deux tiers des dommages provoqués par les catastrophes naturelles ne sont pas couverts. Dans la première moitié de 2017, les pertes liées à des catastrophes naturelles s’élevaient à 41 milliards de dollars américains, dont à peine la moitié était couverte, toujours selon Munich Ré. Les assureurs n’ont couvert que 30 % de l’ensemble des 175 milliards de dollars américains de dommages entraînés par des catastrophes naturelles entre janvier 2012 et janvier 2017.

La plupart des obligations catastrophe couvrent le territoire américain. Environ 90 % des encours de ces instruments sont représentés par des assureurs, mais la Banque mondiale s’en sert aussi pour couvrir certains risques. Elle a ainsi versé 150 millions de dollars américains au Mexique du fonds IBRD/FONDEN 2017, créé en août, pour soutenir le pays à la suite d’un tremblement de terre qui l’a frappé en septembre 2017, rapportait Artemis.bm. Dans la foulée, le Mexique, le Pérou, le Chili et la Colombie ont entrepris des pourparlers pour émettre ensemble des obligations catastrophes en 2018.

DE 5 À 7 % DE RENDEMENT

En souscrivant une obligation catastrophe, l’investisseur ne confie pas son argent à l’assureur, mais à un special purpose vehicle (une entité ad hoc), lequel le place dans des outils jugés très sûrs, comme des fonds monétaires. Le rendement est reversé aux investisseurs. Ce système « permet au bénéficiaire d’être sûr qu’il touchera son dû en cas de catastrophe éligible, même si l’investisseur fait défaut, explique François Divet. Et à l’inverse, à l’investisseur d’être remboursé si les obligations ne sont pas déclenchées, quand bien même le bénéficiaire ferait défaut ».

Les cas de déclenchement reposent sur des critères très précis, comme la pression d’un cyclone ou la magnitude d’un tremblement de terre sur des zones délimitées, ou encore le coût supporté par l’assureur ou l’ensemble des assureurs. Ces titres ont généralement une maturité d’environ trois ans. Annuel, l’indice Swiss Ré, qui suit ces « cat bonds » offre un rendement de 5 à 7 %, sauf dans les périodes, comme cette année, où les catastrophes naturelles s’enchaînent sur le territoire américain.

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