Chaque année, des événements totalement surprenants viennent faire dérailler ou au contraire s’enflammer les marchés. Le Brexit, la montée du bitcoin, les élections de Donald Trump et d’Emmanuel Macron et les difficultés électorales de Theresa May et Angela Merkel ont marqué 2017. De quoi sera fait 2018?

Matthew Lynn, du quotidien britannique The Telegraph, s’essaie au jeu des prédictions, tout en reconnaissant que les vrais « cygnes noirs » sont, par essence, imprévisibles.

Il tourne d’abord son regard vers l’Union européenne (UE), confrontée à des tensions importantes avec la Pologne. Depuis l’élection du gouvernement du parti nationaliste Droit et justice en octobre 2015, l’État polonais n’a cessé de limiter la liberté des médias et des artistes et de réduire à une peau de chagrin l’indépendance de l’appareil judiciaire, comme le rappelait récemment Le Monde.

Or, en décembre 2017, la Commission européenne a crié basta! Pour la première fois de son histoire, elle a enclenché la procédure prévue à l’article 7 du traité de Lisbonne. Cela pourrait théoriquement mener au retrait du droit de vote de la Pologne dans l’Union européenne.

Contrairement au Royaume-Uni, la Pologne serait grandement meurtrie si elle décidait de se retirer de l’UE, puisqu’elle est un centre manufacturier important des pays de l’UE, notamment de l’Allemagne. Elle a besoin de cet accès au marché européen. Toutefois, si elle se retirait de l’UE tout en conservant un accès au marché en adhérant à une zone économique européenne où l’on retrouverait aussi le Royaume-Uni, la Suisse et la Norvège, elle pourrait contribuer à un modèle attrayant pour contourner les règles de l’UE.

JAPON

Et si 2018 était l’année où le Japon ouvrait finalement ses portes à une immigration de masse dont il a grandement besoin, mais que son caractère insulaire l’a toujours poussé à rejeter?

L’économie nippone stagne depuis trente ans, quand elle ne recule pas, principalement à cause d’un inexorable déclin démographique. La population aura diminué d’un tiers d’ici 2065. Du sang neuf est nécessaire, mais il faudrait une réelle volonté politique pour agir sur ce plan, ce qui est loin d’être gagné.

LA RUÉE VERS L’OR

Pour l’instant, le bitcoin semble avoir la faveur des investisseurs comme valeur refuge, mais lorsque celui-ci vivra son inéluctable chute, l’or pourrait bien recommencer à jouer ce rôle, croit Matthew Lynn.

L’EXODE DES GÉANTS TECHNO

En 2018, les géants techno en auront-ils marre des tracasseries de l’UE? Apple a dû payer 14,5 milliards d’euros (21,9 milliards de dollars canadiens) en arriérés de taxes en Irlande, alors que Google s’est fait mettre à l’amende pour ses restrictions à la concurrence et qu’Amazon est régulièrement mis sous enquête. Et si, en 2018, ils décidaient tout bonnement de quitter l’UE?

CRISE GÉOPOLITIQUE

Matthew Lynn est loin d’être le seul à tenter de voir venir les surprises de 2018. À Bloomberg News, Ian Bremmer, président d’Eurasia Group, un consultant en risque politique basé à New York, confiait que 2018 pourrait voir surgir une crise géopolitique importante.

Selon Eurasia, le plus gros risque provient de la Chine. Alors que le président Trump cède à l’isolationnisme, le président Xi Jinping, plus puissant que jamais en Chine, présente son pays comme un modèle alternatif attrayant pour à peu près tous les États en dehors du monde occidental. Cela augmente l’influence de la Chine, créant des tensions avec les États-Unis et aggravant certains risques sur les marchés.

ERREURS DE CALCUL

Plusieurs situations très volatiles pourraient être affectées par un mauvais calcul d’un joueur majeur. Des sujets épineux comme la Corée du Nord, la Syrie, la Russie, les cyberattaques ou le terrorisme pourraient amener un acteur important à poser un geste malheureux, qui résulterait en une confrontation.

« Sans un responsable mondial de la sécurité, et alors que prolifèrent les acteurs sous-nationaux ou non étatiques capables d’actions déstabilisatrices, le monde est un endroit plus dangereux », soutient Ian Bremmer.

GUERRE FROIDE TECHNOLOGIQUE

L’effervescence du côté des technologies entraînerait une lutte féroce pour la domination du marché, la fragmentation et la course vers les innovations technologiques, ce que Ian Bremmer qualifie de « plus grande lutte du monde pour la puissance économique ».

IRAN

Les relations entre les États-Unis et l’Iran demeureront une source de risque en 2018 pour les marchés. Si Donald Trump réussit à torpiller l’accord sur le nucléaire, tout le Moyen-Orient pourrait se retrouver dans un état de crise encore plus important que maintenant.

Les deux analystes auront-ils vu juste? Prédire l’avenir est un jeu risqué, comme peuvent en témoigner tous ceux qui avaient prédit une victoire facile d’Hillary Clinton aux plus récentes présidentielles, une défaite du Oui au référendum sur le Brexit et l’accession de François Fillon à la présidence française…

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