Pendant que l’industrie de l’investissement apprend à vivre avec les nouvelles règles de transparence du MRCC 2, celle de l’assurance s’en tire, pour l’instant, à bon compte.

Les premiers relevés affichant les montants payés en commission par les investisseurs ont été envoyés et l’industrie du placement se prépare à répondre à un flot de questions. Certains clients sursauteront peut-être en constatant les sommes payées à leur conseiller. D’autres pourraient être confus, puisque les nouveaux relevés omettent certains frais, comme les ratios de frais de gestion des fonds communs.

« La plupart des gens ont, au mieux, une connaissance très floue des frais, admet Karin Mizgala, PDG de Money Coaches Canada, en entrevue au Globe and Mail. La plupart des gens que nous rencontrons ne se sentent pas équipés ou ne savent pas quelles questions poser. La structure de frais que l’industrie financière a construite au fil des années est très, très complexe. »

Elle se réjouit que les nouveaux relevés puissent servir de base de discussion entre le client et son conseiller.

QUELS SERVICES?

Parce qu’un élément est souvent oublié lors des discussions sur les commissions et les honoraires : quels services l’investisseur reçoit-il en retour? Un conseiller doit tenir compte de la tolérance au risque, des objectifs financiers, des plans de retraite, de la valeur nette et du reste du portefeuille pour donner des conseils quant aux fonds qui répondent le mieux aux besoins des investisseurs, à différents moments de leur vie. Selon Karin Mizgala, à moins que les placements surpassent grandement leur indice ou que les investisseurs reçoivent un service hors de l’ordinaire, les frais ne devraient pas excéder 1,5 % du portefeuille.

Mais la discussion doit aussi tenir compte des risques que l’investisseur prend lorsqu’il décide de s’en remettre à un robot-conseiller ou d’investir lui-même. Par exemple, les automates peuvent être une bonne option pour diminuer les frais que paient un investisseur, mais ce dernier doit savoir faire sa propre planification financière, incluant l’épargne-retraite et les aspects fiscaux. De la même manière, si un individu décide d’investir lui-même, il doit démontrer de solides connaissances financières pour se bâtir un portefeuille adéquat.

La valeur du conseiller tient donc souvent moins aux produits qu’il offre qu’à la stratégie de placement et d’épargne à court, moyen et long terme qu’il peut élaborer. Les professionnels en services financiers doivent démontrer aux investisseurs qu’ils apportent une réelle valeur ajoutée lorsque vient le temps d’atteindre des objectifs financiers et de réduire les risques. Aux investisseurs ensuite de décider s’ils croient en avoir pour leur argent.

PENDANT CE TEMPS, DU CÔTÉ DE L’ASSURANCE…

Pendant que l’industrie de l’investissement s’ajuste à sa nouvelle réalité, celle de l’assurance, elle, continue d’opérer sans changement. La transparence des frais dans l’assurance n’est pas au même standard que du côté de l’industrie de l’investissement. Au grand déplaisir de cette dernière, frustrée d’un traitement jugé inéquitable, rappelle Rob Carrick dans le Globe and Mail.

À tel point qu’un membre de l’industrie lui a envoyé une copie du relevé que lui a fait parvenir son courtier en assurance. Le document montre les commissions que le courtier reçoit de chacune des 19 compagnies dont il distribue les produits. Ces commissions annuelles s’élèvent entre 10 et 13,5 % pour l’assurance auto, et entre 20 et 23 % pour l’assurance habitation. Quelqu’un qui paie 1 000 $ par année pour assurer une maison verse plus de 200 $ au courtier.

Si les assureurs étaient tenus à des standards similaires à ceux du MRCC 2, tous les renouvellements annuels de police devraient présenter, en dollars, le coût de ces commissions. Présentement, certains courtiers envoient à leurs clients des relevés avec les pourcentages des commissions, alors que des compagnies d’assurances rendent l’information disponible sur leur site Internet.

Rob Carrick rappelle que les investisseurs prennent la mouche parce qu’ils versent 2 % de commissions à un professionnel du conseil financier, qui leur construit et entretient un portefeuille personnalisé et une solide planification financière. Mais ils paient sans broncher 20% de commissions à un courtier d’assurance.

Le courtier ne fait pas que vendre une police, soutient David Browne, courtier d’assurances chez Martin Merry & Reid. Il discute avec les clients pour s’assurer qu’ils ont une couverture d’assurance suffisante et leur évite bien des erreurs.

Rob Carrick admet que certains courtiers offrent bel et bien des avantages par rapport à l’achat direct d’assurance, notamment sur le plan du service à la clientèle. D’autant plus que contrairement aux investissements, les frais ne seront pas nécessairement inférieurs si on achète directement auprès de l’émetteur plutôt que de passer par un courtier.

Les régulateurs tourneront-ils bientôt leur œil vers l’industrie de l’assurance? Certains joueurs du secteur de l’investissement le souhaitent probablement.

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