Feuille de cannabis.
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Inhaler ou ne pas inhaler, telle est la question. Du moins pour les fonds ESG, qui ne savent s’ils devraient inclure les entreprises de cannabis dans leurs titres.

Le Financial Post rappelle qu’au Canada, la décision d’inclure ou pas certains types d’actions dans des fonds ESG revient au gestionnaire d’actifs. Une interprétation que l’Autorité des marchés financiers (AMF) confirmait récemment à Conseiller. « Il n’y a rien dans la Loi sur les valeurs mobilières ni dans les règlements qui définisse la notion d’ESG ou d’investissement socialement responsable », nous disait alors Sylvain Théberge, directeur des relations médias et affaires publiques de l’AMF. 

Les fonds sont donc libres d’adopter leur propre définition des critères ESG, ce qui n’est pas toujours une mince affaire. En particulier lorsqu’il est question des entreprises de cannabis.

« Je crois que le cannabis continue de lever plusieurs chiffons rouges pour beaucoup de gens, mais il se retrouve aussi dans une de ces zones très, très grises, à savoir s’il devrait être considéré comme ESG ou responsable socialement d’un point de vue d’investissement », analyse le PDG d’Horizons ETF, Steve Hawkins.

AU CAS PAR CAS

Le Financial Post présente deux démarches bien différentes. Récemment, la Banque de Montréal lançait une nouvelle série de fonds négociés en Bourse (FNB) ESG basée sur des indices MSCI. L’un de ces fonds comptait trois titres de cannabis — Cronos Group Inc., Canopy Growth Corp. et Aurora Cannabis — parmi la quarantaine constituant son portefeuille. Desjardins détient lui aussi des titres de Canopy dans un FNB. 

De son côté, la Banque Royale du Canada a adopté un filtre négatif qui exclut d’office les entreprises de cannabis de ses fonds responsables Vision Mutual Funds. Fiera Capital exclut aussi ce produit de six de ses fonds. La plupart des autres institutions semblent plutôt en mode attente.

TOUT DÉPEND DE L’USAGE

Le principal défaut reproché aux sociétés de cannabis est de ne pas séparer leurs revenus tirés de l’usage médicinal qu’on en fait de ceux générés par les usages récréatifs. 

Certaines entreprises canadiennes ont aussi été prises à tourner les coins ronds par rapport aux réglementations, ce qui soulève des doutes sur leur gouvernance. Sur le plan environnemental, la grande quantité d’eau et d’énergie utilisée dans les cultures et leur gestion des résidus suscite aussi des inquiétudes. Rien pour renforcer leur réputation de secteur ESG. 

Cependant, le cannabis a aussi un impact social jugé positif en raison de son utilité pour traiter plusieurs maux, des douleurs physiques à l’épilepsie.

L’ÉQUATION FINANCIÈRE

Est-ce suffisant pour que les fonds jettent leur dévolu sur les actions de ces entreprises? Le directeur de l’investissement de NEI, John Bai, rappelle que des doutes subsistent aussi quant à la valeur purement financière de ces sociétés. Elles doivent encore démontrer que leurs modèles d’affaires sont résilients et que leurs actions pourront fournir des rendements intéressants aux investisseurs. 

« Si une entreprise décroche un A+ sur les critères ESG, mais que d’un point de vue financier, nous croyons qu’elle générera un rendement de -10 % au cours des cinq prochaines années, elle ne se qualifiera pas pour nos portefeuilles », précise-t-il. 

Le cannabis doit aussi réussir à couper le lien facile à faire avec le tabac ou l’alcool, dont la réputation est mauvaise et qui sont exclus d’office de l’investissement ESG. 

Un groupe de 45 entreprises, baptisé le Global Cannabis Partnership, travaille à lever les barrières afin d’assurer l’inclusion des titres de ces sociétés dans les portefeuilles ESG. Réussiront-elles leur pari ?