Couvrir ou non le risque de change chez les FNB

Par Sylvie Lemieux | 27 juin 2022 | Dernière mise à jour le août 15, 2023
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Faut-il ou non couvrir ses positions sur la devise quand on utilise les fonds négociés en Bourse (FNB) d’actions étrangères ? La question se pose et une analyse s’impose pour trouver la réponse qui convient à l’investisseur.

« Compte tenu de la taille du marché canadien qui représente 1,8 % du PIB mondial et du marché boursier domestique à 3,1 % de l’indice MSCI Marchés développés, les investisseurs qui veulent construire un portefeuille robuste ont besoin de diversifier leurs positions. Toutefois, l’achat d’actifs étrangers entraîne un risque de change », affirme Laurent Boukobza, vice-président et stratège en FNB chez Placements Mackenzie.

UN EFFET CONTRAIRE SELON LA SITUATION

Prévoir les fluctuations des devises étrangères peut être complexe. « La devise peut faire augmenter les rendements de manière substantielle, mais elle peut aussi les amputer de façon assez drastique si jamais il y a des événements géopolitiques qui entraînent un renforcement du dollar canadien, explique-t-il. La couverture est conçue pour neutraliser les variations de valeur dues aux fluctuations monétaires. »

Pour les investisseurs canadiens, il est important de réaliser que leur expérience d’investissement va être impactée par la devise. « On ne peut pas simplement prendre pour acquis que le rendement de notre exposition aux actions américaines est celui que l’on entend aux nouvelles, soutient Laurent Boukobza. La couverture ou non de la devise aura un impact certain. Comme partenaires des conseillers, on a encore de la sensibilisation à faire à ce sujet. »

Il donne comme exemple le FNB du S&P500 non couvert qui, sur les dix dernières années, a procuré un rendement en dollars canadiens de 15,9 % en rendement annuel composé, tandis qu’en dollars américains, il est de l’ordre de 13,2 %.

« Il y a donc une différence annuelle composée de 2,7 % qui est attribuable seulement à la devise pour un investisseur canadien, souligne-t-il. À l’époque, le dollar canadien était à parité avec le dollar américain, et les prévisions étaient que ce dernier allait se renforcer. C’était donc une bonne décision de ne pas couvrir le risque de devise. »

« À l’inverse, le même FNB sans couverture de devise acheté il y a 18 mois a moins bien performé que le FNB couvert, ajoute-t-il. La couverture du risque de change aurait donc joué en faveur de l’investisseur. »

COUVERT, PAS COUVERT

À la fin avril 2022, on dénombrait 1253 FNB au Canada dont 378 étaient couverts pour la devise. « Cela représente environ 30 % de tous les FNB canadiens, précise Laurent Boukobza. Cette proportion est plus élevée si on inclut les FNB à gestion active dans lesquels les gestionnaires de portefeuille couvrent souvent en partie ou en totalité l’exposition aux devises étrangères. »

La plupart des FNB indiciels qui offrent une exposition aux actifs à revenu fixe non nationaux sont couverts. « Les investisseurs qui achètent des titres à revenu fixe s’attendent généralement à des rendements plus faibles, mais ont des certitudes plus élevées quant aux revenus, comparativement aux actions, affirme Laurent Boukobza. Les taux étant ce qu’ils sont depuis les dernières années — ils remontent, mais ça reste quand même en-dessous des moyennes historiques —, quand on a un revenu fixe de 3 à 4 % par année et une devise qui peut évoluer de 5 % à 10 % par année, cela représente un risque assez massif. »

« La plupart du temps, les FNB de revenus fixes qui offrent une exposition internationale vont neutraliser l’effet de devises parce que le risque par rapport à l’espérance de rendement est trop élevé », ajoute-t-il.

UNE GESTION TACTIQUE

« Pour des investisseurs qui sont très tactiques, il est possible de passer d’un FNB couvert à non couvert, soutient Laurent Boukobza. Ils peuvent vendre les positions qu’ils détiennent dans un FNB couvert ou non couvert et transférer ces positions dans un FNB qui va offrir la même exposition, mais avec une vue différente sur la devise. »

Couvrir le risque de devise a toutefois un coût qui peut varier. La couverture se fait généralement à la fin de chaque mois, en achetant des contrats à terme sur le montant notionnel à couvrir. « Le prix de ces contrats va évoluer bien évidemment en fonction de la volatilité, de la demande, du différentiel de taux, précise Laurent Boukobza. L’opération peut être plus ou moins coûteuse selon le cas. »

Et la couverture n’est pas forcément toujours parfaite. « Il peut y avoir un effet de glissement, qu’on appelle aussi slippage, dû, entre autres, au fait qu’en fonction des entrées et des sorties d’actifs, on va devoir réajuster la couverture au début ou durant le mois pour faire en sorte d’essayer de neutraliser cet effet dans le FNB », explique-t-il.

« La devise étant couverte sur une base mensuelle, s’il y a un fort mouvement de performance du sous-jacent en début de mois, soit juste après que la couverture ait été mise en place, ça peut faire en sorte que celle-ci sera imparfaite pour le reste du mois, donne-t-il en exemple. La volatilité de la performance et le moment où elle arrive peuvent donc avoir un impact. De mois en mois, c’est quand même assez marginal, mais sur du long terme, il peut y avoir des différences de rendement entre une version couverte et une version en dollars américains. »

« La devise, comme toute autre source de risque dans la construction du portefeuille, doit être prise en compte dans la budgétisation du risque de ce dernier », conclut-il.