Femme âgée pensive, tenant une tasse de thé et regardant par la fenêtre.
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La santé financière des régimes de retraite à prestations déterminées canadiens s’est érodée au quatrième trimestre, avec la faiblesse des marchés boursiers et celle des taux d’intérêt à long terme, ont indiqué jeudi deux sociétés de conseil du secteur dans des rapports distincts.

Mercer Canada et Aon ont toutes deux conclu que moins de la moitié des régimes de retraite à prestations déterminées du pays étaient entièrement capitalisés au début de la nouvelle année, et elles ont averti que les perspectives actuelles pour 2019 étaient, au mieux, troubles.

Ils ont également noté que les régimes à prestations définies – qui ne sont qu’un des moyens par lesquels les employeurs peuvent subvenir aux besoins financiers de leurs employés après la retraite – étaient généralement en bonne santé avant le début du quatrième trimestre, en octobre.

Le rapport a été publié jeudi, peu de temps avant la fermeture des marchés boursiers nord-américains, une séance qui a reproduit la difficile tendance à la baisse que les investisseurs ont connue tout au long du quatrième trimestre.

« Nous ne prévoyons pas que la volatilité cessera en 2019, mais la situation financière des régimes de retraite reste solide après la plus longue période haussière du marché », a indiqué Calum Mackenzie, responsable des investissements d’Aon pour le Canada.

Il a ajouté que les plans étaient frappés par un « double coup dur » : la réduction des cours des actions et la baisse des rendements des obligations à long terme canadiennes.

La baisse des rendements obligataires affecte les régimes à prestations définies puisqu’elle fait grimper les rendements qu’ils doivent tirer de leurs investissements dans des actions, dans l’immobilier ou dans d’autres catégories d’investissements.

Les deux entreprises ont indiqué que les difficultés du quatrième trimestre avaient été contrebalancées par une baisse de la valeur du dollar canadien, qui a eu un impact positif sur les investissements libellés en dollars américains.

« Les régimes de retraite canadiens ont été touchés de façon importante au quatrième trimestre, mais heureusement, leur position de départ était très solide », a souligné Manuel Monteiro, qui dirige le groupe de stratégie financière de Mercer Canada.

L’indice Mercer de la santé des régimes de retraite – qui s’appuie sur un plan modèle hypothétique – a reculé à un ratio de solvabilité de 102 % au 31 décembre. En comparaison, il était de 112 % en date du 28 septembre, et de 106 % au début de 2018.

De son côté, le ratio de solvabilité médian Aon a diminué au quatrième trimestre pour s’établir à 95,3 % au 1er janvier 2019, ce qui représente un déclin de près de 8 % par rapport au troisième trimestre de 2018.

Un ratio de solvabilité de 100 ou plus indique qu’un régime est entièrement capitalisé, alors qu’un montant inférieur indique qu’il y aurait un manque à gagner en cas de liquidation du régime – le pire des scénarios pour les régimes à prestations déterminées.

Les régimes à prestations déterminées sont censés offrir à leurs membres un revenu de retraite prévisible, étayé soit par les propres investissements du régime ou par une combinaison de placements et de paiements supplémentaires de l’employeur.

Mercer Canada estimait que moins de 30 % des régimes de retraite à prestations déterminées canadiens étaient entièrement capitalisés à la fin de 2018, tandis qu’Aon estimait que 38,5 % des régimes étaient entièrement capitalisés au 1er janvier 2019.

Les deux firmes ont indiqué que l’impact sur les gestionnaires de régimes devrait être minime, car les actifs de retraite étaient excédentaires jusqu’à la dernière partie de 2018.

Mercer a également fait remarquer que de nouvelles lois provinciales aideraient les régimes à prestations définies des juridictions ontariennes et québécoises à réduire le recours aux injections d’argent lorsque les ratios de solvabilité reculent sous la barre des 100 %.

RÉGIMES À PRESTATIONS DÉTERMINÉES EN PERTE DE VITESSE

Selon un rapport annuel de Statistique Canada, le pourcentage de travailleurs rémunérés qui profitent d’un régime à prestations déterminées de leur employeur est passé de plus de 80 % dans les années 1980 à 67,3 % en 2016.

En revanche, environ 17 % des travailleurs rémunérés qui bénéficient d’une pension d’employeur sont couverts par un régime à cotisations déterminées. Un pourcentage encore plus faible de travailleurs sont couverts par une pension hybride réunissant des aspects des deux types de régimes.

Avec les régimes à cotisations déterminées et les régimes d’épargne-retraite collectifs, les employeurs versent des contributions sans être obligés de combler les insuffisances si les investissements ne se portent pas bien.

Néanmoins, de nombreux employés du secteur privé ne bénéficient d’aucune pension d’entreprise – moins de 6,3 millions de Canadiens bénéficient d’un régime de retraite enregistré. Selon Statistique Canada, 52,3 % d’entre eux sont employés au secteur public.