Un escaliersous un couvert de forêt menant au soleil.
borchee / iStock

Les caisses de retraite, qui gèrent des actifs colossaux, devraient-elles avoir l’obligation d’établir des cibles de carboneutralité dans leur portefeuille ?

La question se pose alors que les phénomènes météorologiques extrêmes sont plus fréquents que jamais, selon André Choquet, président et chef de l’exploitation de Millani dans un récent article publié sur le site l’Association canadienne des administrateurs de régime de retraite (ACARR).

Il est d’avis que les 17 000 fonds de pension du Canada, qui ont un actif de 2 billions de dollars, peuvent devenir des acteurs importants dans cette transformation vers la durabilité et contribuer à un climat plus stable.

Ils passent d’ailleurs à l’action. Dans sa plus récente étude semestrielle sur les facteurs ESG (environnement, société, gouvernance) menée auprès des investisseurs institutionnels canadiens, Millani révélait que la majorité (57 %) des gestionnaires d’actifs canadiens s’attaquaient sérieusement aux émissions de gaz à effet de serre (GES) dans leurs investissements.

Près d’un sur trois (32 %) ont pris des engagements de carboneutralité et 22 % ont établi des cibles de décarbonation. Il y en a un sur cinq (19 %) qui se sont joints ou envisagent de le faire à des coalitions d’investisseurs comme la Net Zero Asset Owner Alliance.

GÉRER LES RISQUES GÉNÉRATIONNELS

S’engager envers l’environnement n’entre pas en contradiction avec les réglementations auxquelles sont soumises les caisses de retraite. Celles-ci ont l’obligation première de fournir une pension à vie aux employés et d’agir avec prudence quant au placement des actifs.

Dans un avis publié en mai 2021, les experts de McCarthy Tetrault en sont venus à la conclusion que « […] l’objectif financier principal n’exclut pas d’autres considérations secondaires comme l’environnement ou des considérations éthiques dans des circonstances très précises ».

Du fait que les changements climatiques constituent une menace, les fiduciaires des régimes de retraite se doivent d’y porter une attention afin d’équilibrer les risques intergénérationnels actuels et futurs.

Certains pays commencent d’ailleurs à légiférer en faveur de l’investissement responsable dans le secteur de la retraite.

Ainsi, au Royaume-Uni, les fiduciaires de régimes de retraite ayant un actif de plus de 1 milliard de livres sterling doivent s’assurer que leurs actifs soient alignés avec l’objectif de limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5 °C. La mesure est entrée en vigueur le 1er octobre 2022.

ÊTRE PROACTIF PLUTÔT QUE RÉACTIF

Il est donc souhaitable d’agir de façon proactive afin d’être mieux outillés face aux changements réglementaires qui s’imposeront dans le futur, recommandent les auteurs.

Cela dit, il n’y a pas d’approche universelle en ce qui concerne les engagements et les cibles de décarbonation des régimes de pension.

Parmi les exemples de mesures concrètes prises par de grandes caisses de retraite canadiennes, on peut mentionner la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) qui s’est engagée à détenir 54 milliards de dollars (G$) d’actifs verts d’ici 2025 et de réduire de 60 % l’intensité en carbone de son portefeuille total de 392 G$.

Elle a de plus créé une enveloppe de transition de 10 G$ pour décarboner les principaux secteurs industriels émetteurs de carbone. Enfin, elle prévoit une sortie complète de la production pétrolière d’ici la fin de l’année en cours.

De son côté, le régime University Pension Plan de l’Ontario, qui gère des actifs de 11 G$, s’est engagé à réduire l’empreinte carbone de son portefeuille de 16,5 % d’ici 2025 et de 60 % d’ici 2030 par rapport au niveau de référence de 2021. Son objectif : faire passer son portefeuille de placements à zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2040 ou plus tôt. Il compte investir uniquement dans de nouveaux mandats et de nouveaux actifs qui cadrent avec la transition vers un monde carboneutre.

Avant de passer à l’action, la première étape est de se doter d’un cadre de gouvernance ESG basé sur les critères environnementaux, de société et de gouvernance, d’une politique d’investissement responsable et des critères de divulgation. Ce n’est qu’une fois cette base bien implantée que les fiduciaires peuvent fixer les cibles de carboneutralité, selon Millani.