Une dame tient son porte-monnaie
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Travailler à l’âge de la retraite serait plus payant que ne le croient de nombreux retraités qui craignent de payer plus d’impôt et de perdre leurs prestations de retraite.

C’est la conclusion d’un rapport récent de la Chaire en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke, rédigé par Luc Godbout, professeur titulaire, et Suzie St-Cerny, professionnelle de recherche.

« Nombre d’idées reçues, plutôt tenaces, font en sorte que plusieurs croient à tort qu’il n’est guère payant d’aller gagner un revenu de travail supplémentaire une fois à la retraite, écrivent les auteurs. Or, l’analyse de plusieurs cas types montre que la part conservée du revenu de travail gagné est plus importante que ce que plusieurs anticipent. »

Le fédéral et Québec ont fait plusieurs changements dernièrement pour rendre la fiscalité plus attrayante pour les travailleurs expérimentés, ce qui fait en sorte que les perceptions de plusieurs aînés à cet égard ne correspondent plus à la réalité, ajoute M. Godbout en entrevue. « Les gouvernements ont agi au cours des dernières années. Il y a eu des changements. »

Il donne en exemple le Supplément de revenu garanti (SRG), dont certaines conditions ont changé depuis 2020. Rappelons que les premiers 5000 $ de revenus de travail ne sont pas considérés dans le montant auquel ont droit les prestataires. Pour la tranche entre 5000 $ et 10 000 $, seule la moitié des revenus sont considérés. « Auparavant, on perdait beaucoup plus rapidement le Supplément de revenu garanti, dès lors qu’on gagnait des revenus de travail excédant 3500 $. »

PLUS D’ARGENT DANS LES POCHES

Le rapport présente différents scénarios qui démontrent que les travailleurs à faibles revenus conservent plus d’argent dans leur poche lorsqu’ils vont chercher un revenu d’appoint, en tenant compte des prestations de retraite, des cotisations salariales et de l’impôt.

« Quoi qu’on en dise, il en reste pas mal dans les poches de ceux qui font l’effort de travailler et ça augmente matériellement le niveau de vie, donc ce qu’ils vont pouvoir se payer comme biens et services », commente M. Godbout.

L’étude offre l’exemple d’une personne seule de 67 ans, dont les seuls revenus de retraite seraient les prestations de retraite du fédéral et la RRQ. Hors du marché du travail, cette personne aurait un revenu annuel disponible de 22 648 $.

Si elle gagnait un revenu d’emploi de 10 000 $, elle disposerait d’un revenu annuel de 29 964 $. Elle conserverait donc 73,2 % de ses revenus d’emploi.

Même avec un revenu de 20 000 $, cette personne améliorerait grandement son sort. Elle aurait un revenu annuel disponible de 34 517 $. Cette personne ne récupérerait que 59,3 % de ses revenus d’emploi, mais elle aurait tout de même augmenté son revenu disponible de 11 869 $ en gagnant un revenu d’emploi.

Le retour au travail n’est pas seulement avantageux pour les personnes à faibles revenus. Une personne ayant un revenu de retraite de 62 666 $ aurait un revenu disponible de 49 205 $. Si cette personne retournait sur le marché du travail pour gagner un salaire de 40 000 $, elle conserverait 53,2 % des revenus gagnés. Au bout du compte, elle aurait un pouvoir d’achat plus important avec un revenu disponible de 70 502 $.

DES INCITATIFS SUPPLÉMENTAIRES

Les gouvernements pourraient en faire encore plus pour rendre le travail fiscalement plus attrayant pour les travailleurs expérimentés. Le rapport propose notamment de rendre facultative la cotisation au RRQ pour les travailleurs de plus de 65 ans.

Les deux experts en fiscalité suggèrent aussi que le crédit pour prolongation de carrière soit remboursable. « C’est un crédit [dont on profite] en autant qu’on ait de l’impôt à payer. Quand on n’a pas d’impôt à payer, pour les personnes à faible revenu, le crédit d’impôt perd de son intérêt. »

Augmenter les incitatifs au travail pour les retraités est d’autant plus important dans un contexte de vieillissement de la population et de rareté de la main-d’?uvre, ajoute M. Godbout. « Il y a 1,2 million de personnes qui ont entre 60 et 69 ans. Ça s’adresse [les recommandations] à un gros bassin de la population pour les inciter à rester ou à revenir sur le marché du travail. »