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Depuis le début de 2021, des millions de travailleurs dans le monde entier ont quitté leur emploi pour trouver de meilleures conditions ailleurs.

Si le taux de changement d’emploi au Canada est conforme à la moyenne de 2016 à 2019, la pandémie a accéléré la guerre des talents que se livre le secteur de la gestion de patrimoine.

Et les conseillers constatent des changements notables dans les priorités des clients en ce qui concerne leur carrière.

David Boyd, conseiller en placement principal chez BMO Gestion privée, constate qu’un plus grand nombre de ses clients envisagent fortement de changer d’emploi pour atteindre un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

« Ce que nous voyons, c’est que certaines personnes disent : « J’avais un emploi du lundi au vendredi de 9 h à 17 h – maintenant, grâce à la COVID, j’ai réussi à créer un meilleur équilibre. [Est-ce que c’est quelque chose que je peux maintenir et est-ce que c’est réaliste pour mon employeur ? » », rapporte l’expert.

Patrick Briscoe, planificateur financier chez Bayswater Wealth Management and Investment Planning Counsel est d’accord. Selon lui, « le thème dominant » des raisons pour lesquelles certains de ses clients quittent leur emploi est la recherche d’une situation moins stressante.

« La COVID a en quelque sorte fait prendre conscience aux gens que la vie est courte et qu’ils veulent pouvoir en profiter, explique-t-il. Peut-être qu’au cours des cinq à dix dernières années, ils se sont beaucoup concentrés sur le travail et moins sur l’aspect vie de cet équilibre. Aujourd’hui, je pense que le pendule se déplace un peu plus. »

Deux clients de Patrick Briscoe, un couple de quinquagénaires, ont récemment décidé de prendre une retraite anticipée. Avant de devenir des clients de Patrick Briscoe il y a deux ans, le plan de retraite du couple consistait à continuer à travailler dans le secteur manufacturier jusqu’à 60 ans, puis à toucher leur pension. Le couple avait apporté un portefeuille de fonds communs de placement de son ancienne entreprise.

Lorsque le couple a commencé à envisager une retraite anticipée, Patrick Briscoe a adapté son plan financier, en élaborant d’abord des « stratégies tampon et des scénarios de simulation » pour s’assurer qu’ils seraient couverts pendant leur retraite. Les scénarios répondaient aux questions : « Que faire si les taux de rendement changent? » et « Que faire si l’inflation est plus élevée que prévu? ».

« Ce sont des choses qui sont moins protégées lorsque vous n’avez pas de pension à prestations définies. Dans ce cas, mon travail consistait à adapter le plan pour faire en sorte que, même avec une pension ou un plan de retraite variable, nous ayons de grandes chances de réussir », souligne Patrick  Briscoe.

L’expert a présenté aux clients un plan prévoyant que le couple travaille à temps partiel et qu’il dispose d’une stratégie de secours en matière de valeur nette du logement, à savoir une ligne de crédit sur valeur nette du logement au cas où le couple souhaiterait accéder à la valeur nette du logement pour compléter son revenu de retraite sans avoir à vendre sa maison. Le couple a également un portefeuille équilibré diversifié à l’échelle mondiale qui reflète un mandat de type retraite.

Les changements de carrière peuvent également intervenir plus tôt dans la vie des clients.

Par exemple, David Boyd a deux clients – un couple d’une trentaine d’années – qui possédaient une petite entreprise de vente au détail avant et au début de la pandémie. Frustré par l’adversité financière et émotionnelle des fermetures et réouvertures pendant la pandémie, le couple a décidé de vendre l’entreprise à un concurrent.

La femme avait une formation en droit et a poursuivi sa carrière dans ce domaine, tandis que le mari a décidé de rester à la maison pour élever leurs deux jeunes enfants.

Deux des priorités du couple, avant la pandémie, étaient de s’assurer que leurs REEE étaient remplis annuellement et que leurs CELI étaient « à jour, entièrement financés et investis correctement », se souvient David Boyd. Le couple a chacun un REER et un CELI, ainsi qu’un REEE familial.

Lorsque le couple a décidé de faire ce changement. David Boyd a travaillé avec le comptable du couple pour évaluer différents scénarios de financement lorsqu’ils ont vendu l’entreprise, que la femme est entrée en droit et que le mari est devenu un parent au foyer. David Boyd et le comptable ont réalisé que le couple ne gagnerait pas son revenu habituel l’année de la vente de l’entreprise. Ils ont donc décidé de financer le REEE et le CELI plutôt que le compte REER.

David Boyd précise que le couple cherchait également à obtenir plus de liquidités, si elles étaient disponibles, dans leur CELI, au cas où ils auraient besoin de retirer ces fonds rapidement.

« Lorsque nous avons continué à financer le REEE, nous avons fait des achats périodiques par sommes fixes, ce qui élimine la volatilité du marché », affirme David Boyd, précisant qu’ils ont fait de même avec les CELI du couple.

Le couple était à l’aise avec le maintien d’une répartition de l’actif de 75 % en actions et de 25 % en titres à revenu fixe dans leurs REER et CELI. Comme l’épouse pratique de nouveau le droit, le couple va envisager de rattraper les cotisations à son REER.

Pour les autres conseillers qui aident leurs clients à s’orienter vers un changement de carrière, Patrick Briscoe suggère d’aborder la phase de planification avec un esprit ouvert.

« En tant que conseillers, nous devons remettre en question nos idées préconçues sur ce à quoi devrait ressembler la retraite – créer davantage une conversation, établir des relations avec le client afin d’être mieux en mesure de personnaliser les conseils et de proposer des solutions qui répondent à ses besoins spécifiques », explique-t-il.

« C’est un travail d’équipe. Les conseillers doivent s’assurer que nos oreilles et nos yeux sont ouverts et que nous prenons autant d’informations que possible auprès du client pour nous assurer que le plan répond à ses objectifs tout en étant financièrement responsable. »