Jeune couple et leur bébé dans leur nouvelle maison, entourés de boîtes.
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Les mesures annoncées dans le budget Morneau visant à aider les jeunes Canadiens à acheter leur première maison auront une incidence positive sur la hausse de la proportion de ménages propriétaires au Québec, estime l’industrie immobilière.

Dans ce domaine, la province accuse un retard relativement important. Alors qu’en moyenne 67,8 % des ménages canadiens sont propriétaires, seulement 61,3 % des ménages québécois le sont, rapporte Le Devoir.

Le secteur immobilier québécois est confiant que le nouvel Incitatif à l’achat d’une première propriété permettra de réduire l’écart. Cette mesure annoncée la semaine dernière par Ottawa permettra aux premiers acheteurs de souscrire auprès de la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) un prêt représentant 10 % du prix d’achat d’une propriété neuve et 5 % du prix d’une propriété existante. Le budget précise que le prêt pourrait être remboursé aussi tard qu’au moment de la revente, mais les modalités précises ne sont pas encore connues.

« On n’a rien chiffré encore, mais c’est certain que ça va donner un coup de pouce à beaucoup de futurs premiers acheteurs. Ça va réduire le montant qu’ils vont devoir emprunter, donc réduire leurs mensualités hypothécaires », a expliqué au Devoir Paul Cardinal, directeur du service économique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

Yanick Desnoyers, directeur de l’analyse de marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ), croit pour sa part que le fait de baisser les mensualités va inciter plus de ménages à passer de locataires à propriétaires.

Une note d’analyse de la Banque TD va dans le même sens et soutient que l’Incitatif à l’achat d’une première propriété devrait contribuer à augmenter le pourcentage de propriétaires occupants d’un bout à l’autre du pays. « On ignore si les taux de propriété avaient besoin de ce coup de pouce, dans la mesure où le Canada affiche déjà l’un des taux les plus élevés du G7 », soulignent cependant les analystes de TD.

UN RISQUE DE SURCHAUFFE?

Ottawa a grandement resserré les règles entourant les prêts hypothécaires au cours des dernières années afin de calmer la surchauffe immobilière qui sévissait dans certaines régions du pays, particulièrement à Toronto et Vancouver. Mais cet incitatif pourrait-il exercer une nouvelle pression à la hausse sur les prix? C’est la question que se pose le chroniqueur de Les Affaires Daniel Germain. Il se demande notamment si ces prêts de la SCHL permettront à des acheteurs d’être admissibles à des prêts qui étaient jusqu’à maintenant hors de leur portée.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a assuré que ce ne serait pas le cas. Il estime que les mesures d’accès à la propriété annoncées dans le dernier budget pourraient ajouter entre 20 000 et 40 000 nouveaux acheteurs sur le marché, ce qui ne changerait pas la dynamique de la demande, alors que 500 000 propriétés sont acquises chaque année au Canada.

LE RAP SOUS-UTILISÉ

Le budget fédéral prévoit également un relèvement du plafond du Régime d’accession à la propriété (RAP), qui passe de 25 000 à 35 000 $. Le secteur immobilier est loin d’être convaincu qu’une telle mesure aura vraiment un effet positif sur l’accès à la propriété.

En fait, la plupart des acheteurs qui utilisent le RAP pour payer leur mise de fond retirent nettement moins de leur REER que le plafond de 25 000 $ autorisé jusqu’à récemment. Qui plus est, la tendance de l’utilisation du RAP est à la baisse au pays. Alors qu’en 2002, 38 880 Canadiens se sont prévalus de ce programme, ils n’étaient plus que 26 910 en 2015. Le retrait moyen a toutefois augmenté, passant de 11 431 à 14 077 $.

Les premiers acheteurs se tournent davantage vers d’autres sources pour financer leur mise de fonds, croit Paul Cardinal. Le prix des propriétés relativement bas au Québec par rapport aux autres provinces fait aussi en sorte que les couples n’ont généralement pas besoin de retirer 50 000 $ au total pour constituer une mise de fond.