Photo : Brian Jackson / 123RF

Taux bas obligent, les institutions financières françaises aimeraient bien taxer les dépôts de leurs clients les mieux nantis, mais pour l’instant aucune d’entre elles n’a encore osé passer à l’acte par crainte des conséquences, rapporte Le Monde.

Si elles envisagent d’en arriver à une telle extrémité, précise le quotidien, c’est parce qu’elles espèrent ainsi amortir les effets de la politique monétaire de la Banque centrale européenne qui, depuis cinq ans, applique un taux d’intérêt négatif sur une grande partie des dépôts qu’elles abritent.

Histoire d’inciter les établissements bancaires du Vieux Continent à ne pas conserver une trop grande quantité d’argent liquide dans leurs coffres, d’encourager les prêts aux particuliers et aux entreprises et de réduire ainsi le risque de déflation, chaque euro de leurs réserves excédentaires est désormais soumis à un taux de − 0,5 % depuis la mi-septembre (contre 0,4 % auparavant). Soit un coût annuel total, pour les banques européennes, d’environ sept milliards d’euros (10,2 milliards de dollars canadiens).

PAS DE POLITIQUE DE TAXATION… POUR L’INSTANT

« Les banques sont obligées de placer les dépôts qu’elles n’emploient pas en banque centrale, elles ne peuvent pas les garder chez elles pour des raisons comptables. Elles pourraient se prêter entre elles mais, depuis [la faillite de] Lehman Brothers il n’y a plus de confiance, elles ne se prêtent plus sans garantie », explique un banquier dans les colonnes du journal français. Résultat, certaines institutions financières en Allemagne, en Suisse ou au Danemark, elles aussi soumises aux taux négatifs de leur banque centrale, ont déjà commencé à faire payer les dépôts de leurs clients les plus fortunés, le plus souvent à partir d’un million (1,45 million de dollars canadiens) mais parfois aussi dès 100 000 euros (environ 144 000 dollars).

À la question : les banques françaises en feront-elles de même? Le Monde répond par la négative sur la base d’un rapide tour de table de quelques grands établissements établis dans l’Hexagone. « BNP Paribas ne taxe pas les dépôts de ses clients particuliers et il n’y a aucun projet de ce type », assure par exemple un dirigeant de la principale banque privée française en matière de clients fortunés. Toutefois, certaines de ses concurrentes se montrent moins catégoriques. Un porte-parole de la banque privée du Crédit agricole se borne ainsi à déclarer qu’« il n’y a pas, à date, de décision de prise ».

Tout aussi sibyllin, le coprésident du comité exécutif de la banque Rothschild explique que son établissement n’a certes pas l’intention de taxer l’argent qui lui est confié, mais que, dans l’hypothèse où un client voudrait conserver des dépôts à vue importants, « nous lui dirions que nous ne sommes pas intéressés ». De son côté, un responsable de la Société générale affirme, sous couvert de l’anonymat, que la banque n’a aucune politique de facturation des dépôts pour les particuliers… tout en ajoutant qu’il n’est pas exclu qu’elle finisse par emboîter le pas à ses homologues suisses et danoises.

LES POUVOIRS PUBLICS FRANÇAIS SE VEULENT RASSURANTS

Conscientes des répercussions négatives qu’une telle politique pourrait avoir sur les épargnants, les autorités françaises « suivent l’affaire avec attention et cherchent à rassurer les Français inquiets d’avoir à payer pour leurs dépôts », relève Le Monde.

« Aucune banque française n’applique aujourd’hui de taux négatifs à ses déposants particuliers habituels ou à ses PME, et nous comptons bien que cela demeure en l’état », a tenu à rappeler, il y a quelques semaines, le gouverneur de la Banque de France. Même son de cloche du côté du ministère des Finances, qui indique au journal qu’« il est très improbable que les banques se lancent dans cette aventure auprès du grand public, car il serait très mal venu d’appliquer un taux négatif sans avoir jamais par le passé accordé de taux positif ».

Pour l’instant, indique le Journal de l’économie, seule la filiale française de la banque privée helvétique Lombard Odier a annoncé son intention de taxer les dépôts de plus d’un million d’euros, ce qui ne concerne qu’un nombre infime de clients dans l’Hexagone. Toutefois, estime le quotidien économique, cette initiative « va pousser d’autres établissements financiers à mettre en place à leur tour des prélèvements sur les dépôts de leurs clients ».