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Grâce à leurs frais de gestion au plancher, les fonds négociés en Bourse (FNB) ont l’effet d’un bulldozer dans le monde de l’investissement. Si la tendance se maintient, ils pourraient devenir, dans un avenir pas si lointain, le principal outil de placement des Canadiens.

Aux États-Unis, le point d’inflexion est déjà connu : en 2025, l’actif total des FNB dépassera celui des fonds communs de placement (FCP). Le même phénomène devrait se produire à peine quelques années plus tard au Canada.

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Il faut le voir pour le croire!

« Pour l’instant, il y a treize fois plus d’actif dans les fonds communs que dans les FNB, mais on va assister à un renversement de la situation au cours de la prochaine décennie », a expliqué Dave Nadig, directeur général d’ETF.com, lors de la conférence Inside ETFs Canada. Événement phare de l’industrie des FNB, Inside ETFs se tenait pour la première fois au Canada, et a eu lieu jeudi et vendredi derniers à Montréal.

Certaines données permettent déjà de constater que le secteur des FCP s’essouffle, alors que celui des FNB explose. Depuis la crise financière, les fonds communs ont enregistré des sorties nettes de fonds de 24 milliards de dollars aux États-Unis. Les FNB, eux, ont pu compter sur des entrées nettes de fonds de plus de 2 000 G$.

LE NOUVEL ALPHA

On n’a pas besoin de chercher bien loin pour trouver la cause du succès des FNB, soutient Matt Hougan, président du conseil d’Inside ETFs. « Les frais de gestion bas, c’est le nouvel alpha. Grâce aux FNB, un investisseur peut se constituer un portefeuille qui va l’exposer à une multitude de titres de partout dans le monde pour aussi peu que 14 points de base en frais de gestion. C’est incroyable! »

Et ce n’est qu’un début, prédit-il. « L’effet des économies d’échelle est énorme avec les FNB », poursuit-il. Déjà extrêmement bas lors de l’apparition des premiers FNB sur les marchés financiers, les frais de gestion ont diminué considérablement au fil des années. Par exemple, le SPY, le plus vieux FNB américain, a vu son ratio de frais de gestion (RFG) dégringoler de 81 % en 25 ans. Le fonds, qui reproduit le rendement du S&P 500, facturait un RFG de 0,16 % à son lancement en 1993, contre 0,09 % aujourd’hui.

« On observe que les investisseurs accordent énormément d’importance aux frais. Pourtant, encore beaucoup d’entre eux paient des frais élevés pour leurs placements », souligne Matt Hougan. Les Canadiens déboursent en moyenne des frais de 2,1 % pour un fonds d’actions de type core avec commissions intégrées, précise-t-il.

LE DÉFI DE L’ÉDUCATION

Si les chiffres peuvent laisser croire que les FNB vont tout écraser sur leur passage, les différents conférenciers qui se sont succédé tout au long de la journée n’ont aucunement prédit la mort des fonds communs de placement. « On risque de voir davantage de mélanges de FNB et de fonds communs dans les portefeuilles des investisseurs de détail », croit plutôt Christopher Doll, vice-président, vente et stratégie, FNB à Invesco Canada.

Cet ajout de FNB aux portefeuilles va toutefois poser certains défis en matière d’éducation, autant pour les investisseurs que les conseillers, habitués au fonctionnement des FCP. « Au sujet de la liquidité, par exemple, les conseillers vont devoir s’assurer d’expliquer la différence entre la liquidité du FNB en tant que telle et la liquidité des titres qu’il contient », insiste-t-il.

D’autant plus qu’au fur et à mesure que le marché des FNB gagnera en maturité, l’offre s’élargira, et donc se complexifiera. « On va passer des FNB de blue chips très liquides à des FNB qui vont nous permettre d’aller chercher une prime d’illiquidité », prédit Michael Cooke, vice-président principal, chef des FNB à Placements Mackenzie.

CONSOLIDATION EN VUE

Déjà relativement concentré, le marché canadien des FNB pourrait continuer à se consolider au cours des prochaines années, du moins en matière de distribution, croit Atul Tiwari, directeur général et chef de Placement Vanguard Canada. « Les grandes banques ont une marque forte et beaucoup de ressources. Pour avoir du succès au Canada, les fabricants de FNB doivent absolument travailler en partenariat avec elles. C’est le meilleur moyen pour eux d’avoir accès au réseau de distribution. » Il précise néanmoins qu’il y a de la place pour de nouveaux joueurs.

Pour Christopher Doll, la consolidation n’est pas forcément une mauvaise chose. « À l’heure actuelle, il y a trop de produits sur le marché qui ne répondent pas aux besoins des clients », dit-il.

Consolidation ou pas, Florence Narine, vice-présidente principale et chef des produits à Investissements AGF, est d’avis que la croissance de l’industrie des FNB viendra surtout du marché de détail. « L’accès aux produits ne fera qu’augmenter au cours des prochaines années pour les clients de détail et les conseillers. Il y a de la place dans le marché pour les représentants en épargne collective. »