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La croissance de l’investissement passif est spectaculaire depuis quelques années et sa version sur les stéroïdes, le bêta intelligent, suscite de plus en plus l’engouement. La gestion active en paiera-t-elle le prix?

C’est ce que se demande FinancialPlanning, rappelant au passage que cette stratégie d’investissement, comme toute stratégie, a ses avantages et ses inconvénients.

La gestion active en péril?

L’investissement passif représentait, à la fin de 2017, 37 % du total de l’actif sous gestion aux États-Unis, soit 6,7 billions de dollars américains (8 642 G $CA), rapportait Michael Pajak, analyste d’investissement à Envestnet, lors de la plus récente conférence annuelle de l’entreprise.

L’investissement passif devrait occuper la moitié du marché en 2023 et plus des deux tiers (68 %) en 2030, selon Moody’s Investors Service. La gestion active n’arrivera pas de sitôt à inverser cette tendance, affirme Michael Hunstad, directeur des stratégies quantitatives de Northern Trust Asset Management, à FinancialPlanning. « Un grand nombre de gestionnaires actifs nous diront adieu dans les dix prochaines années », croit-il.

Le meilleur des deux mondes

La bataille ne se déroulera donc pas entre l’investissement actif et passif, mais plutôt au cœur de ce dernier, entre les stratégies passives traditionnelles et les fonds à bêta intelligent ou multifactoriels. Selon Michael Hunstad, les rendements générés par la gestion active sont très souvent directement liés à l’exposition à certains facteurs tels la taille, la valeur, le contexte, la faible volatilité, la qualité et les dividendes. « Ce qui est bien avec l’investissement factoriel, c’est que vous divisez le risque des actions en pièces », dit-il.

Pour lui, l’utilisation de stratégies factorielles permet de maintenir de bons rendements en évitant le coût élevé de la gestion active.

De son côté, Kendrick Wakeman, PDG de la plateforme d’analyse d’investissement FinMason, croit que le plus gros avantage du bêta intelligent est « la capacité d’offrir aux investisseurs un plus grand contrôle du processus de construction du portefeuille. Spécifiquement, l’habileté de contrôler la diversification et d’aligner le portefeuille plus près des objectifs de l’investisseur ».

Pas sans risque

Mais attention, tous les produits ne se valent pas. « Il y a beaucoup de mauvais produits sur le marché, convient Michael Hunstad. Cela signifie que vous pouvez prendre beaucoup de risques involontaires. »

Ce n’est pas le seul os sur lequel l’investisseur peut tomber. C’est bien de miser sur des facteurs… mais lesquels? Certains sont cycliques et peuvent être moins avantageux pour de longues périodes. Comme dans toute stratégie d’investissement, la diversification est la clé pour réduire le risque; il faut apprendre à combiner les facteurs plutôt que de jeter son dévolu sur un seul.

« Je suis très sceptique des stratégies factorielles qui permettent une trop grande concentration dans un secteur ou une industrie, soutient Daniel Kern, directeur des investissements à TFC Financial Management. Certaines stratégies de faible volatilité et de forts dividendes se retrouvent trop concentrées dans un nombre limité de secteurs, créant un risque inutile. »

Pas toujours intelligent

Un autre problème vient du nom… Contrairement à ce que semblent penser plusieurs investisseurs, un fonds à bêta intelligent ne l’est pas nécessairement. Il ne fonctionnera pas toujours bien, et peut même être un mauvais fonds. « Cela reste la tâche de l’investisseur de prendre les bons paris, qui pourront payer… ou pas », conclut Kendrick Wakeman.