Le département de la Justice des États-Unis réclame une somme record de 14 milliards de dollars américains à Deutsche Bank pour solder un ancien litige lié aux subprimes. Cette amende s’ajoute aux innombrables déboires judiciaires de la plus grande banque allemande.

Elle est accusée d’avoir induit en erreur des investisseurs en leur vendant des titres adossés à des crédits immobiliers dits toxiques avant la crise de 2007-2008. Cette tactique, qui consistait à convertir des portefeuilles de prêts en titres financiers ensuite cédés sur les marchés, est jugée responsable des pertes colossales subies par de nombreux investisseurs en 2008.

Si elle était confirmée, cette amende de 14 milliards de dollars serait la plus importante jamais infligée à une banque étrangère aux États-Unis, rapporte l’Agence France-Presse.

À ce jour, ce record peu enviable est détenu par la française BNP Paribas, qui s’était vue imposer une amende de 8,9 G$ en 2014 pour avoir violé des embargos américains.

REFUS CATÉGORIQUE DE LA DEUTSCHE BANK

La réponse de la banque allemande est claire : elle ne versera pas cette somme. Par voie de communiqué, elle a déclaré qu’elle n’avait « pas l’intention de solder ces potentielles requêtes civiles au montant proche du chiffre cité ».

De nombreux analystes croient d’ailleurs que l’amende ne s’élèvera probablement pas à 14 G$. L’analyste Robert Halver, de Baaderbank, table plutôt sur 5 G$.

Les négociations ne font que commencer et pourraient bien déboucher sur des montants nettement moins élevés. Le département américain de la Justice avait par exemple réclamé 15 G$ à Goldman Sachs pour des faits similaires, un montant qui a finalement été ramené à 5,06 G$ en avril dernier, rappelle Le Figaro.

Selon des documents boursiers, la Deutsche Bank a déjà mis de côté 6,2 G$ au 30 juin pour résoudre des litiges en cours. Des sources proches citées par l’Agence France-Presse affirment que l’institution financière espérait écoper d’une amende comprise entre 2 et 3 G$ dans le dossier des subprimes.

DES PROBLÈMES À N’EN PLUS FINIR

Cette amende est une nouvelle tuile qui s’abat sur la banque basée à Francfort. La Deutsche Bank est impliquée dans près de 8 000 litiges judiciaires à l’échelle mondiale. Elle a entre autres dû payer une amende de 2,5 G$ pour avoir manipulé le taux interbancaire Libor aux États-Unis.

Le régulateur des services financiers de New York (DFS) enquête en outre sur des activités présumées de blanchiment d’argent au sein de la filiale russe de la banque. À cela s’ajoutent des poursuites lancées par des individus, des entreprises et des autorités réglementaires relativement à des ventes abusives de prêts hypothécaires, ainsi qu’à des manipulations des taux de change et des cours de l’or et de l’argent.

Ces scandales à répétions ont eu impact dévastateur sur les activités de la banque, sa facture juridique dépassant les 12 milliards d’euros (près de 18 G$) depuis 2012 seulement. En pleine restructuration, elle prévoit fermer d’ici 2020 quelque 200 filiales en Allemagne et supprimer près de 9 000 postes au niveau mondial.

Les multiples problèmes de la banque ne sont d’ailleurs pas sans inquiéter les leaders politiques européens. Le ministre des Finances de l’Allemagne, Wolfgang Schaeuble, a dit s’attendre à un « résultat équitable » au terme des négociations, mais indique que le litige demeure une grande source de préoccupation pour la banque et les autorités américaines.

Dans un élan assez inhabituel plus tôt cette année, M. Schaeuble a pris l’initiative de soutenir publiquement la banque. Une figure bien connue du parti d’opposition avait même déclaré qu’il escomptait que le gouvernement intervienne en dernier recours, si cela s’avérait nécessaire.

L’action de la Deutsche Bank plonge

Le titre boursier de la Deutsche Bank a plongé vendredi matin, après qu’elle eut annoncé ne pas avoir l’intention de payer l’amende imposée par le département américain de la Justice. En mi-journée, la perte s’élevait à 7,7 %, soit 12,09 euros (17,84 $), sur les marchés boursiers européens.

L’établissement dirigé depuis l’an dernier par le Britannique John Cryan a inscrit une perte de près de 7 milliards d’euros (environ 10 G$) en 2015. Depuis le début de l’année, le titre de la Deutsche Bank a perdu près de la moitié de sa valeur, alors que l’institution financière a été fortement ébranlée par le test de résistance européen en juin dernier, rapporte The Globe and Mail. Le Fonds monétaire international (FMI) avait alors affirmé que la banque allemande représentait le plus grand risque pour la stabilité du système financier mondial parmi les grandes banques internationales.

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