Louis Vachon, Banque Nationale
Photo : Courtoisie Banque Nationale

Devant les grands défis auxquels devra faire face l’industrie financière dans les prochaines années, Louis Vachon reste réaliste, mais plutôt positif. Qu’il s’agisse d’économie mondiale, de fintech ou de sécurité, le président et chef de la direction de la Banque Nationale estime que le Canada est bien positionné par rapport à d’autres pays.

« Je suis dans le camp des optimistes », a-t-il avoué lors d’une discussion organisée par CFA Montréal.

Évidemment, Louis Vachon se montre lucide sur les défis qui menacent l’industrie financière, tels que la situation économique des autres pays et les différents accords qui lient le Canada avec eux.

Il estime qu’il risque d’y avoir encore quelques rebondissements dans le dossier de l’ALENA. Cependant, il juge que le « gros bon sens devrait l’emporter » et que la Chambre des représentants finira certainement par entériner l’entente qui a été conclue avec la Maison-Blanche, même si le protectionnisme n’est pas près de s’éteindre.

La révolution technologique a le pied enfoncé dans l’accélérateur et touche tous les domaines, note aussi M. Vachon. Il estime qu’il faut encourager la créativité et pousser ce mouvement plus loin afin que les talents restent au Canada. Il conseille toutefois de faire en sorte que les richesses créées soient bien redistribuées et que tout le monde y trouve son compte.

ENDETTEMENT DES CONSOMMATEURS ET IMMOBILIER

Le président de la Banque Nationale est aussi revenu sur les règles adoptées en début d’année pour refroidir les marchés surchauffés de l’immobilier à Vancouver et Toronto. Louis Vachon souligne qu’elles n’ont pas été implantées pour tempérer celui de la Belle Province.

Il indique que si les acheteurs chinois sont actifs sur le marché immobilier montréalais, ceux-ci sont concentrés sur quelques marchés et ne nuisent pas à la capacité des familles d’ici à accéder à la propriété.

Selon lui, comme l’immobilier est plus abordable au Québec qu’ailleurs au Canada, les consommateurs moyens sont moins endettés dans la province que dans le reste du pays. L’endettement des particuliers à Vancouver et Toronto ne causera pas de récession, mais rend toutefois l’économie canadienne vulnérable, juge-t-il.

Il estime que la politique macro-prudentielle canadienne réussit à garder l’endettement sous contrôle et commence même à faire baisser la vulnérabilité du pays sur cet aspect, notamment dans le secteur immobilier.

QUELQUES INQUIÉTUDES…

Malgré son optimisme, Louis Vachon a ciblé trois enjeux qui l’inquiètent :

  1. la flambée des taux d’intérêt;
  2. le déclenchement d’une guerre commerciale;
  3. la cybersécurité.

En tant que président de la Banque Nationale, il sait bien que l’institution n’est pas à l’abri d’une cyberattaque, mais précise que l’institution prend plusieurs mesures pour retarder ou minimiser les effets d’une telle offensive.

En premier lieu, elle forme ses employés aux questions de sécurité afin d’éviter les « serial cliqueurs », comme il les appelle, à savoir les employés qui cliquent sur tous les liens qu’ils reçoivent sans se méfier.

Ensuite, elle fait en sorte d’isoler leurs données clés afin de les protéger d’éventuelles attaques. Finalement, elle se prépare aux piratages pour bien réagir lorsque cela arrivera. La Banque Nationale collabore ainsi notamment avec Desjardins pour trouver de meilleures façons de se protéger à travers le projet CyberEco, qui vise à développer des solutions technologiques permettant de rendre plus sécuritaires les activités numériques, notamment avec des outils de sensibilisation, de nouveaux logiciels de protection et de détection, mais aussi des algorithmes d’identification de comportements malveillants.

Selon Louis Vachon, il n’y a pas d’avantage à vouloir se concurrencer en cybersécurité. Au contraire, il faut collaborer entre institutions financières, car chaque fois qu’une d’elles est victime d’un piratage, cela a une incidence sur toute l’industrie.

QU’EN EST-IL DE LA TECHNOLOGIE?

Après une période de méfiance mutuelle, Louis Vachon affirme que les fintechs se sont repositionnées vis-à-vis des grandes institutions financières, ayant compris l’intérêt pour elles de collaborer avec les banques. Il est d’avis que, contrairement à ce que croit Bill Gates, la société aura toujours besoin des banques.

Toutefois, contrainte de s’adapter aux changements, la Banque Nationale investit dans les fintechs. L’institution bancaire finance rarement les entreprises, mais Louis Vachon considère qu’il s’agit d’une action « stratégique » en ce qui concerne les fintechs.

Plusieurs craignent que les employés des banques soient remplacés par l’automatisation et l’intelligence artificielle. Cette peur est infondée, selon le président de la Banque Nationale. Celui-ci croit que la société repose sur la nature humaine, laquelle est imprévisible, et que la créativité des individus en chair et en os est donc irremplaçable.

Il distingue ainsi trois façons de travailler avec l’intelligence artificielle :

  • les humains sont partie prenante des processus décisionnels avec les machines. Il n’y a donc pas de suppression d’emplois.
  • l’homme a plutôt un rôle de supervision de l’intelligence artificielle, qui accomplit certaines tâches. Évidemment, la machine remplace ici certains employés. Il y a donc des pertes d’emplois, mais on en crée d’autres.
  • l’intelligence artificielle remplace complètement les êtres humains et n’a pas besoin de leur aide, cela signifie énormément de pertes d’emploi.

Bien qu’il pense que cette troisième possibilité est irréaliste, Louis Vachon estime qu’on peut consciemment faire le choix de ne pas adopter cette façon de travailler pour aider la société.