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Les investisseurs qui possèdent un portefeuille tourné vers l’investissement d’impact acceptent implicitement que la performance de leur placement risque de diverger du rendement obtenu par les grands indices de référence. Pour les gestionnaires, dont la performance est encore majoritairement évaluée en la comparant à celle du marché, trouver l’équilibre se révèle en revanche un exercice périlleux.

En effet, les gestionnaires qui ont adopté l’investissement d’impact doivent souvent faire des paris face aux indices de marché, souligne le quotidien français Les Échos.

L’investissement d’impact, qui s’inscrit dans la mouvance de l’investissement responsable et de la finance durable, est souvent considéré comme une catégorie d’actif à part entière. Il a pour objectif de conjuguer le rendement financier et les rendements sociaux ou environnementaux des entreprises en portefeuille.

Plusieurs solutions existent pour intégrer l’investissement d’impact aux stratégies de placement sans pour autant trop s’éloigner du rendement des indices de référence. À ce chapitre, la tendance des fonds négociés en Bourse (FNB) intégrant des facteurs ESG (qui touchent des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance) a pris beaucoup d’ampleur au cours des dernières années. Un sondage de State Street ETFs soutient d’ailleurs que 83 % des investisseurs s’attendent à une augmentation des flux financiers vers de tels produits.

Cependant, un problème demeure. L’investissement d’impact exige normalement une certaine forme d’engagement actionnarial de la part des investisseurs. Or, il peut sembler difficile de dialoguer avec les entreprises et les inciter à adopter des pratiques sociales et environnementales plus saines en investissant dans des FNB, qui adoptent un style de gestion passive pour la plupart.

VISER L’ÉQUILIBRE

« Entre des fonds très benchmarkés et des fonds thématiques concentrés comme celui que nous avons lancé et qui cible les entreprises favorisant la place des femmes, il existe une troisième voie », a indiqué à Les Echos Matt Christensen, responsable de l’investissement responsable à AXA Investment Managers, la division de gestion d’actif de l’assureur français AXA.

La firme a récemment lancé une stratégie d’actions internationales reposant sur l’analyse de certains facteurs ESG clés, tels que la consommation d’eau ou l’empreinte carbone. Cette approche a l’avantage de réduire l’exposition des investisseurs à certains risques environnementaux tout en conservant un bon degré de diversification du portefeuille, soutient Matt Christensen.

Le gestionnaire de fonds néerlandais Robeco a de son côté lancé un fonds d’actions à impact élevé. Tout en reposant sur l’ajout de critères ESG au portefeuille, le fonds adopte une stratégie de diminution de la volatilité. De cette façon, les investisseurs peuvent s’éloigner quelque peu des indices de référence sans toutefois augmenter leur niveau de risque, indique la firme.

Lors de la Conférence de Montréal, le mois dernier, Robert Scharfe, chef de la direction de la Bourse de Luxembourg, avait déploré que le court-termisme qui prévaut sur les marchés financiers freine l’investissement responsable. En se contentant d’utiliser l’ESG pour contourner des problèmes à court terme, les gestionnaires de placement n’obtiendront pas les résultats escomptés à long terme, avait-il affirmé.