Krisana Antharith / 123RF

Si de plus en plus de gestionnaires d’actif intègrent de façon systématique les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) à leurs décisions d’investissement, la vision à court terme qui prévaut trop souvent sur les marchés pourrait ruiner ces efforts.

C’est du moins l’avis de Robert Scharfe, chef de la direction de la Bourse de Luxembourg. Lors du Forum économique international des Amériques, lundi, il a déploré que les critères ESG soient généralement considérés comme de simples facteurs de risque à gérer ou à éviter. « Pour bien des gestionnaires, l’approche ESG signifie simplement d’éviter de frapper les rochers qui pourraient se trouver sur la route. »

Selon lui, cette vision de l’ESG est symptomatique d’un « problème fondamental » sur les marchés financiers : le court-termisme. En se contentant d’utiliser l’ESG pour contourner des problèmes à court terme, les gestionnaires de placement n’obtiendront pas les résultats escomptés à long terme, croit-il.

Pire encore, les actionnaires qui se disent plus souvent qu’autrement favorables à l’investissement responsable, une fois en assemblée, votent souvent contre des propositions visant à améliorer le bilan ESG des entreprises. « L’appât du gain à court terme est plus fort que la vision à long terme », analyse-t-il.

Pourtant, de nombreuses études ont démontré que les rendements des placements ESG étaient au moins aussi élevés que ceux des placements classiques. Et de toute façon, la question n’est pas là, poursuit Robert Scharfe. « Investir de façon responsable n’est pas un choix. Les gestionnaires d’actif qui ne tiennent pas comptent des critères ESG mettent l’actif des investisseurs à risque. »

Le défi de la divulgation

Même quand la volonté est présente, investir en intégrant les critères ESG est loin d’être évident. La faute à un manque de standardisation dans l’information divulguée par les sociétés, estime Leonardo Martinez-Diaz, directeur mondial du Sustainable Finance Center, un centre de recherche, d’innovation et d’éducation faisant partie du World Resources Institute.

Lors du même panel, il a insisté sur l’importance, pour l’industrie, de développer un « langage commun » en matière de divulgation des opportunités et des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance.

« Développer un écosystème permettant de décrire et de comparer facilement la performance des sociétés en matière de responsabilité sociale est la première étape à franchir. On a aussi besoin de réduire les coûts qu’implique la divulgation pour les petites entreprises. Elles ne devraient pas avoir à remplir 25 formulaires pour transmettre toute l’information nécessaire aux investisseurs », dit-il.

Considérant que la gestion des changements climatiques représente « le plus grand échec de toute l’histoire des marchés financiers », Pierre Heilbronn, vice-président, politiques et partenariats à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement voit d’un bon œil les initiatives, notamment en France, visant à rendre la divulgation des risques ESG obligatoires pour les sociétés émettrices.

« Les investisseurs doivent pouvoir connaître tous les risques auxquels ils sont exposés, et ils doivent avoir confiance dans les informations disponibles », soutient-il.

Robert Scharfe partage le même avis. « Avec les changements climatiques, nous sommes engagés dans une course contre la montre. Encourager la divulgation volontaire des risques ESG prendrait trop de temps. Il va falloir rendre cela obligatoire. »

Il insiste toutefois sur le fait que les informations divulguées doivent demeurer simples. « Les investisseurs doivent être en mesure de les comparer facilement. Des documents de milliers de pages que presque personne ne comprend, c’est inutile. Oui on a besoin de données, mais de données qui ont un sens. »