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Pour être rentable, l’investissement responsable doit viser les entreprises qui créent de la valeur et non celles qui se contentent de diviser différemment le gâteau des profits, a déclaré Alex Edmans, professeur de finance à la London Business School, lors d’un webinaire présenté par Franklin Templeton.

Les organisations qui répondent aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) se limitent trop souvent à essayer de ne pas nuire (Do not harm). Or, ce n’est pas suffisant pour performer et offrir du rendement aux investisseurs, a souligné Alex Edmans.

« On reconnaît une entreprise responsable au fait qu’elle contribue activement à la résolution de problèmes sociétaux par son action commerciale. Elle fait grandir le gâteau et ne fait pas que le diviser autrement. Elle réalise des innovations qui créent une valeur sociale et est capable de les monétiser », a affirmé le professeur.

Il a cité l’exemple du géant des télécommunications Vodafone, qui, en développant un réseau de téléphonie mobile bon marché en Afrique, a permis l’émergence d’un service de microfinance bénéfique aux habitants des zones rurales.

Selon Alex Edmans, l’investissement ESG est ambigu, car il n’existe pas un seul système de notation. Des éléments qualitatifs subjectifs sont souvent utilisés pour évaluer les efforts des organisations. Il a pointé par exemple la question de la diversité dans les conseils d’administration. « Une entreprise peut se contenter de cocher cette case sans créer une véritable culture de diversité à l’interne. Elle atteint la cible, mais elle rate le but. »

Il estime qu’il faut plutôt examiner la question de la matérialité des mesures en identifiant les parties prenantes dans chacune des sphères de l’ESG. Les entreprises qui réussissent dans les aspects matériels propres à chacune de ces zones battent le marché de 4,8 %, a-t-il affirmé.

TROIS CRITÈRES ESSENTIELS À CONSIDÉRER

Se concentrer sur un seul facteur ESG est une autre erreur fréquente, selon l’expert. Pour éviter ce biais, il recommande de prioriser trois critères essentiels :

  • l’excellence de l’entreprise,
  • son avantage comparatif,
  • et la matérialité dans chacun des critères ESG.

« Il est inutile d’essayer de cocher toutes les cases et de plaire à tout le monde. Il faut plutôt se concentrer sur deux ou trois facteurs essentiels pour l’organisation. »

Les investisseurs devraient aussi analyser l’engagement de l’organisation comme un outil clé pour provoquer les changements, a souligné Alex Edmans.

« En tant que gestionnaire d’actif, il faut oublier le mythe du portefeuille zéro, qui ne contient aucune entreprise problématique. Vous devez détenir quelques-unes de ces entreprises pour les faire évoluer. Si elles ne veulent pas changer, alors vous pouvez considérer de désinvestir. »

Il recommande d’adopter une approche de « meilleur de sa classe » (best in class), soit prendre l’entreprise qui se démarque dans son secteur, et d’investir, par exemple, dans des sociétés pétrolières et gazières qui développent de nouvelles sources énergétiques.

La popularité de l’investissement responsable n’est pas près de diminuer, a conclu le professeur. Il met en garde toutefois contre le risque de voir se créer une bulle ESG au cours des prochaines années, car l’approche qui consiste à adopter des mesures isolées sans avoir de véritable stratégie pourrait entraîner la surévaluation de certaines sociétés et un risque de sous-performer pour les fonds qui les achètent.

Son conseil : être très sélectif dans l’approche de sélection de titres et ne pas se contenter de suivre les indicateurs de mesures ordinaires pour se démarquer, sous peine de se faire dépasser par la concurrence.