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Comptables professionnels agréés du Canada vient de conclure un accord de financement de 1,45 million de dollars sur deux ans avec Ressources naturelles Canada afin, notamment, de répondre à l’engouement du grand public pour l’investissement responsable, a annoncé mardi l’organisation par voie de communiqué.

L’objectif visé par cette entente est d’« aider les dirigeants d’entreprises canadiennes à reconnaître et à anticiper les incidences financières des changements climatiques » tout en permettant aux compagnies de « mieux répondre à la demande croissante d’avoir de meilleures informations sur la question », en particulier des clients intéressés par l’investissement socialement responsable et les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), qui ont le vent dans les voiles depuis ces dernières années (voir l’encadré).

CPA Canada et la Plateforme canadienne d’adaptation aux changements climatiques de Ressources naturelles Canada investiront chacune 725 000 dollars dans la formation, la recherche et l’élaboration d’indications destinées aux entreprises d’un océan à l’autre.

« TENIR COMPTE DES RISQUES LIÉS AU CHANGEMENT CLIMATIQUE »

Les projets menés par l’organisation comptable, qui regroupe plus de 210 000 membres au pays, s’articuleront autour de deux grands volets :

√ Formation sur le changement climatique. Il s’agit de trois programmes destinés à « renforcer la capacité [d’adaptation] au sein du secteur privé », qui s’adressent notamment aux conseils d’administration, aux directions et aux CPA travaillant en entreprise et dans des cabinets de services professionnels.

√ Présentation de l’information financière relative aux changements climatiques et prise de décisions. Ce programme de recherche et de consultation auprès d’entreprises et d’investisseurs vise à « élaborer des indications sur les meilleures pratiques touchant la mise en œuvre des recommandations du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (Task Force on Climate-related Financial Disclosures, ou TCFD).

CPA Canada précise que ses programmes de formation « répondront au besoin de mieux comprendre le rapport entre les enjeux liés au changement climatique et leurs répercussions sur le secteur privé ». Selon l’organisation, « le renforcement des capacités et de l’expertise en la matière permettra aux comptables et aux leaders du monde des affaires de tenir compte en amont des risques liés au changement climatique et de tirer parti de nouvelles possibilités ».

« DES RÉPERCUSSIONS SUR L’ÉCONOMIE, LA SOCIÉTÉ ET LES AFFAIRES »

CPA Canada souligne que ces nouveaux projets viennent compléter « l’ensemble d’indications pratiques » qu’elle propose déjà à ses membres pour leur donner « l’occasion de mieux comprendre les effets des changements climatiques et les implications de ceux-ci sur la stratégie, les risques et la performance » des entreprises. Parmi les outils pratiques existants, l’organisation comptable cite des études de cas et des cahiers d’information sur l’adaptation aux changements climatiques ainsi que les publications intitulées État des lieux : Étude sur la communication des informations relatives aux changements climatiques par les sociétés ouvertes canadiennes et Cahier d’information sur le changement climatique : questions que les administrateurs devraient poser.

CPA Canada indique par ailleurs appuyer les recommandations du TCFD, parce que celles-ci « peuvent favoriser la présentation d’informations plus uniformes sur les risques financiers associés aux changements climatiques, une résilience accrue des entreprises, une prise de décisions éclairée chez les investisseurs et une évaluation plus juste des risques par les prêteurs, les assureurs et les placeurs ».

« Le changement climatique a de vastes répercussions sur l’économie, la société et les affaires. Mieux faire connaître les risques et les possibilités que présente cet enjeu constitue une priorité stratégique pour nous. Les initiatives de notre organisation s’appuieront sur son leadership, ses publications et ses formations dans le domaine et contribueront à la promotion d’une information financière transparente, de saines pratiques commerciales et d’une croissance économique durable », justifie Joy Thomas, présidente et chef de la direction de CPA Canada.

L’INVESTISSEMENT RESPONSABLE A LE VENT EN POUPE

Lentement mais sûrement, la popularité de l’investissement socialement responsable (ISR) n’a cessé de croître au cours des 10 dernières années dans la plupart des pays industrialisés, et notamment au pays. Selon deux experts en « finance verte » interrogés il y a quelques mois par RBC, de plus en plus de Canadiens se préoccupent en effet de l’avenir de la planète.

D’après Jason Milne, directeur du secteur Préservation de l’environnement, responsabilité sociale et gouvernance au sein de la firme Phillips, Hager & North, l’ISR constitue l’option de placement idéale « pour les particuliers qui, en plus de s’intéresser aux questions environnementales, ont concrètement adopté un mode de vie écologique ». Plus précisément, il explique que ces personnes qui recyclent, utilisent des produits sans danger pour l’environnement et se rendent au travail en vélo, par exemple, souhaitent intégrer leurs valeurs à leur portefeuille de placement.

LA GÉNÉRATION X TRÈS INTÉRESSÉE

Ce type de produits a particulièrement la cote auprès des investisseurs de la génération X (nés entre le milieu des années 1960 et celui des années 1970), à qui on a inculqué l’importance de développer une conscience environnementale, note Jason Milne. « La plupart des gens ont entendu parler des fonds d’ISR, mais hésitent à les intégrer à leur régime enregistré d’épargne-retraite, ajoute-t-il. En général, il faut encore démontrer à l’investisseur moyen que ce type de placement constitue une option viable. Quoi qu’il en soit, il est évident que l’intérêt pour l’ISR est à la hausse. »

« L’investisseur qui opte pour l’ISR le fait afin d’intégrer à son portefeuille de placement des critères qualitatifs liés à la préservation de l’environnement, à la responsabilité sociale et à la gouvernance, confirme Thomas Van Dyck, premier vice-président, ISR, chez RBC Gestion de patrimoine – États-Unis. La plupart ont adopté une vision à long terme du placement et cherchent à intégrer ces facteurs à leur portefeuille de manière à éviter d’investir dans des sociétés qui affichent un piètre rendement en ce qui a trait aux enjeux qui leur importent. »

L’ISR A LA COTE AU QUÉBEC AUSSI

Réunis à l’automne 2017 à Montréal, les principaux acteurs du milieu ont dressé un état des lieux plutôt enviable de l’ISR au Québec. Si l’on en croit ces spécialistes, la moitié de l’actif financier québécois est désormais « responsable », ce qui constitue une progression considérable puisque ces investissements directs et placements boursiers sont passés, en l’espace de 10 ans, de 198 G$ à 457 G$, soit un bond de 131 %.

Un engouement confirmé par une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine réalisée en 2017. Selon son auteur Claude Dostie Jr, chercheur à l’Institut, ce type de produits gagne chaque année un peu plus en popularité : les placements responsables sur les marchés financiers ont ainsi enregistré une hausse de 61 % entre 2013 et 2016, après avoir déjà augmenté de 70 % entre 2010 et 2013.

DES PLACEMENTS TOUT À FAIT RENTABLES

Pour justifier cet intérêt, le chercheur explique que la finance responsable est de plus en plus perçue comme étant tout à fait rentable. « La conscientisation croissante face à des phénomènes de délocalisation, de financiarisation ou simplement au regard des enjeux de changements climatiques a mené les analystes et les investisseurs à voir la gestion des enjeux ESG comme des opportunités de mieux gérer les risques financiers, peut-on lire dans le rapport. Devant la possibilité de chocs climatiques ou simplement de boycott, il devient rationnel de vouloir diminuer les risques liés à certains choix d’investir ou de placer son épargne, ou l’épargne de ses clients », détaille Claude Dostie Jr.