Corde rouge nouée.
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Dans les années 1990, Yahoo! n’a mis qu’un an pour faire son entrée en Bourse; Amazon, trois. Le portrait a bien changé depuis : Uber et Airbnb ont dû attendre dix ans avant de voir leur titre coté sur les marchés. La Bourse américaine est-elle devenue inaccessible?

Le nombre de sociétés américaines cotées en Bourse a chuté de moitié depuis le début des années 1990, et de près d’un quart depuis l’entrée en vigueur en 2002 de la loi Sarbanes-Oxley, qui a imposé des règles plus contraignantes sur la comptabilité et la transparence financière, note une récente publication de l’Institut économique de Montréal (IEDM).

« Les marchés publics américains sont maintenant réservés aux plus riches. Ils sont devenus inaccessibles aux investisseurs qui n’ont pas le million de dollars requis pour qu’un gestionnaire de fonds de capital de risque daigne les rappeler », explique Peter St. Onge, chercheur associé senior à l’IEDM et coauteur de la publication. Selon lui, les coûts de conformité et les risques sont devenus si important que cela exclut de facto les petites entreprises désireuses de faire leur entrée en Bourse.

Cette perte d’intérêt des entreprises en croissances pour les marchés boursiers est mondiale. Alors qu’en 1996 les marchés publics représentaient le principal débouché (70 %) pour les investisseurs en capital de risque, aujourd’hui, environ 85 % de ces sorties sont plutôt réalisées via des fusions et des acquisitions.

LE CANADA, UN MODÈLE À SUIVRE?

Contrairement aux États-Unis, le Canada a su mieux préserver l’accessibilité de son marché boursier pour les entreprises de plus petite taille. En effet, l’inscription à la Bourse de croissance TSX peut coûter aussi peu que 50 000 $ et ne nécessite que des revenus annuels d’entreprise de 500 000 $, précise l’IEDM. Les seuils américains sont plusieurs fois supérieurs.

« Le Canada a su tirer son épingle du jeu après l’entrée en vigueur de la loi américaine, ayant lui-même instauré une réglementation beaucoup plus souple », souligne Michel Kelly-Gagnon, président et directeur général de l’IEDM et coauteur de l’étude. « Les inscriptions en Bourse au Canada ont presque triplé l’année suivant cette importante réforme, et continué à grimper au cours de la décennie suivante. »

La situation canadienne n’est pas totalement rose non plus. Depuis six ans, la tendance favorable s’est inversée en raison de la hausse des coûts de conformité et de la multiplication des poursuites intentées par les actionnaires.

« Le Canada ne doit certainement pas suivre les traces des Américains. Il doit plutôt améliorer son modèle d’entrée en Bourse afin d’accroître les possibilités d’investissement pour tous les Canadiens et faciliter l’accès des jeunes entrepreneurs aux capitaux », conclut M. St. Onge.